A VOIX BASSE
ven. 08 mai
|LE COLISÉE CARCASSONNE
Drame - France, Tunisie - 1h53 (22/04/2026) De Leyla Bouzid Avec Eya Bouteraa, Hiam Abbass, Marion Barbeau


Heure et lieu
08 mai 2026, 18:00 – 19 mai 2026, 20:00
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
Evènement exceptionnel Colisée-ADC :
Mardi 12 mai à 18h30 Accueil apéritif par les ADC avant la Cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes, retransmise en direct au Colisée à 19h, montée des marches et projection à 20h de La Vénus électrique de Pierre Salvadori avec Anaïs Demoustier, Vimala Pons, Pio Marmaï, Gustave Kerven, Gilles Lellouche.
Synopsis : Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue n'arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galériste. Un soir d'ivresse, Antoine tente d'entrer en contact avec sa femme par l'intermédiaire d'une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s'est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture...
HORAIRES
5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :
Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.
Ven 8/05 : 18h15 - Dim 10/05 : 18h - Lun 11/05 : 14h
Jeu 14/05 : 15h30 - Mar19/05 : 20h40 échanges après la séance en présence des ADC.
SYNOPSIS
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d'une maison où cohabitent trois générations de femmes.
SECRETS DE TOURNAGE
Le premier film de Leyla Bouzid, À peine j’ouvre les yeux, a été tourné en Tunisie. Une histoire d’amour et de désir, son second, en France. Pour la cinéaste, ces deux films ont en commun la manière dont le fait politique et social influe sur l’intime : "Comment il peut résonner et modifier nos sentiments les plus profonds, nos comportements, notre sexualité". Elle ajoute :
"Pour ce troisième film, À voix basse, j’ai souhaité retourner en Tunisie, plus précisément dans une ville balnéaire où j’ai passé mes vacances d’été : Sousse. Ce film poursuit le tissage entre l’intime et le politique, en s’intéressant au personnage de Lilia, qui cache une partie de sa vie à sa famille."
Avec À voix basse, Leyla Bouzid poursuit le travail autour d’une mise en scène à la fois organique et épurée avec le directeur de la photographie de ses films précédents, Sébastien Goepfert. Elle se rappelle : "Le grand défi du film était de recréer l’atmosphère en clair-obscur de la maison à laquelle j’étais très attachée. De nombreuses photos de famille constituaient nos références."
"Sébastien a passé du temps dans la maison à observer la lumière, la manière dont elle se réfléchissait naturellement dans l’espace. Il a réussi à recréer avec talent ce qui m’avait marquée, enfant. Nous avons également voulu marquer une progression dans le travail de la lumière : au début, la maison est renfermée sur elle-même, sombre, la lumière s’immisce à peine."
"Puis, petit à petit, elle s’infiltre de plus en plus jusqu’à s’imposer et venir tout éclairer. Nous avons travaillé sur les tâches de lumière mouvantes, les forts contre-jours. Une grande partie des meubles et de la décoration de la maison est celle de la maison originelle de ma grand-mère. Les photos aux murs sont celles de mes aïeuls. Mais nous avons soigneusement choisi les rideaux, les teintes, les couvertures, les couleurs des costumes…"
La ville de Sousse est centrale dans ce film. Elle se trouve à 160km au sud de Tunis, sur la côte est, dans la région dite du Sahel tunisien. La ville est marquée par l’Histoire : elle fut l’une des principales cités portuaires de l’Afrique romaine. Puis, une ville prospère lors de la période arabo- musulmane.
Avec le récit de la vie du personnage de Daly se déploie la manière dont s’est joué, dans cette famille bourgeoise tunisienne, le rapport à l’homosexualité. Leyla Bouzid confie : "Perçue comme une tare, traitée comme une maladie, le mal-être suscité s’est propagé à tous. J’ai été saisie en découvrant à quel point, dans chaque famille tunisienne, il y a un « Daly ». Cet oncle, ce cousin, cette connaissance, dont l’existence a été écrasée, et qui est resté un être fantomatique. Cette mort terrible de Daly devait avoir un sens. Permettre à Lilia de se révéler."
"Avec la trajectoire de Lilia se joue l’émancipation d’une femme face à sa famille et à son pays. Comment avoir le courage et la force d’être qui elle est ? Comment construire, avoir un enfant sans le dire à sa propre mère ? Comment se déployer vers un avenir en n’assumant pas son présent ? Cela, Lilia ne le voit pas encore au début du film, elle croit que tout est sous contrôle. Et c’est là, en Tunisie, dans un contexte hostile à ce qu’elle est, que sa réalité commence à s’effriter."
CRITIQUES
par Marilou Duponchel
C’est la très belle et bouleversante idée d’"À voix basse" que de faire exister dans un même plan le présent et le passé. Un simple et léger mouvement de caméra permet à la Lilia adulte de voir apparaître sous ses yeux la Lilia enfant. Toute la dialectique d’"À voix basse" tient dans ce principe de cohabitation.
Télérama :
Tous les films de Leyla Bouzid pourraient porter le titre de son deuxième long métrage, Une histoire d’amour et de désir, sorti en salles fin 2021. Le troisième ne fait pas exception, même si les amours et les désirs (au pluriel) y sont douloureusement contraints. Après avoir raconté l’éducation sentimentale et érotique d’un jeune Français d’origine algérienne à Paris, la cinéaste suit, cette fois, le retour en Tunisie d’une ingénieure pour les obsèques de son oncle, mort soudainement dans des circonstances troubles. Lilia arrive à Sousse en compagnie d’une amie française… qu’elle abandonne dans un hôtel pour touristes à l’écart de la ville, avant de rejoindre ses proches éplorés : « l’amie » en question est en fait sa compagne, et Lilia n’a pas encore trouvé le courage d’avouer à sa mère qu’elle préférait les filles. Alors que les obsèques se préparent, la jeune femme comprend que son oncle Daly était, lui aussi, homosexuel à l’insu de sa propre mère, et que le secret a gâché sa vie et celle de sa famille…
Chronique émouvante d’un empêchement
À voix basse est la chronique sensible, émouvante, d’un empêchement qui, telle une malédiction, risque de se répéter de génération en génération, a fortiori quand le tabou intime se double d’un interdit légal — le code pénal tunisien, est-il précisé dans le film, prévoit jusqu’à trois ans de prison pour punir les relations intimes entre personnes de même sexe… Cet empêchement semble malheureusement avoir contaminé la réalisation, élégante certes, mais souvent trop sage, sinon corsetée.
Il y a toutefois de beaux moments de mise en scène dans À voix basse : des gros plans délicatement sensuels, un travelling latéral majestueux dans un champ d’oliviers battu par les vents ou encore une séquence énergique de danse avec Marion Barbeau (l’héroïne d’En corps, de Cédric Klapisch, une nouvelle fois remarquable). Et la réalisatrice confirme son talent de découvreuse d’actrices. Après Baya Medhaffar, la rockeuse rebelle d’À peine j’ouvre les yeux (2015), puis Zbeida Belhajamor, l’étudiante extravertie d’Une histoire d’amour et de désir, la quasi-débutante Eya Bouteraa séduit de bout en bout dans le rôle difficile de Lilia. Y compris face à une comédienne aussi talentueuse et expérimentée que Hiam Abbass.
Libération :
Troisième long métrage de la réalisatrice Leyla Bouzid, A voix basse marque son retour en Tunisie après Une histoire d’amour et de désir réalisé en France. Le film débute d’ailleurs sur une arrivée, celle de Lilia, qui rentre dans sa ville natale de Sousse pour l’enterrement de son oncle Daly. Elle n’arrive pas seule, mais avec une «amie» qu’elle laisse dans un hôtel avant de rejoindre la famille. On comprend rapidement que la discrétion de Lilia cache une double vie : lesbienne en France, elle obéit en Tunisie à des injonctions familiales et culturelles qui font gonfler son secret. En écho à celui-ci, elle découvre celui de son oncle, dont la mort suspecte fait surgir le scandale de l’homosexualité (interdite en Tunisie, avec des peines pouvant aller jusqu’à trois ans de prison).
A partir de telles zones d’ombre, de nœuds de non-dits et de silences, Leyla Bouzid tire un film (trop) clair qui expose par le menu les étapes de l’affirmation de Lilia. Son enquête sur le passé de son oncle ne l’éclaire d’aucune lumière réellement intrigante, elle qui tient plus du personnage de cinéma bien construit que de l’individualité qui vacille. La narration très classique et le manque d’événements de la mise en scène conduit à ne suivre A voix basse que sur son versant didactique. Notons tout de même la présence de la grand-mère (la réalisatrice tunisienne Salma Baccar) qui apporte, avec sa mauvaise foi, son chagrin et son charisme, une dose d’ambiguïté qui ravive l’attention.
Le Monde :
Kaouther Ben Hania, Erige Sehiri, Meryam Joobeur, Sonia Ben Slama, Leyla Bouzid… En quelques années, plusieurs cinéastes tunisiennes, jeunes ou plus confirmées, ont proposé une lecture critique de la société, tout en creusant le sillon d’œuvres singulières. Une éclosion qui leur vaut d’être sélectionnées chacune dans les plus prestigieux festivals du monde : Cannes, Venise, Berlin… A voix basse, le troisième long-métrage de Leyla Bouzid, présenté en compétition lors de la 76e Berlinale, en février, confirme cette bonne santé du cinéma tunisien et le talent de sa réalisatrice.
Après un détour par la France avec le remarqué Une histoire d’amour et de désir (2021), la cinéaste est de retour dans son pays natal pour se frotter à un sujet sensible : la difficulté de vivre son homosexualité en Tunisie, où celle-ci est passible d’emprisonnement en vertu de l’article 230 du code pénal, entré en vigueur en 1913 et toujours appliqué aujourd’hui.
Pour raconter la société, Leyla Bouzid aime passer par l’intime. Ici, une famille réunie pour un enterrement agit comme un microcosme permettant de saisir la complexité de positions et de dynamiques qui traversent tout un pays. Les premiers plans du film le suggèrent, il s’agit d’ouvrir les yeux.
Pour approcher de cette vérité, Leyla Bouzid a cousu dans A voix basse deux fils narratifs qui s’entrecroisent. Point de départ du récit : le mystère qui entoure la mort de Daly (Karim Rmadi). Homme assez secret, celui-ci a été retrouvé mort, nu, dans la rue. Si la police montre quelques velléités à enquêter sur ces étranges circonstances, la famille, avec à sa tête Néfissa (Selma Baccar), la mère du défunt, préfère enterrer le corps au plus vite et avec lui toute possibilité de scandale. Seule Lilia (Eya Bouteraa), la nièce de Daly, semble décidée à lever le voile des apparences et à en apprendre plus sur cet oncle dont le destin fait peut-être davantage écho au sien qu’elle ne le pense.
Labyrinthe complexe
C’est l’autre piste qu’explore le long-métrage. Venue de France pour l’enterrement accompagnée de sa petite amie Alice (Marion Barbeau), qu’elle ne retrouve d’abord qu’à l’hôtel, Lilia ne sait si elle doit présenter celle-ci à sa famille, et si oui, sous quelle identité : « colocataire » ? « compagne » ? A l’enquête factuelle sur les zones d’ombre de la vie de son oncle répond une investigation plus intérieure sur la manière dont elle doit conduire sa vie. Dans cette lignée de femmes, dans cette société, il lui faut maintenant tenter de trouver sa juste place.
Cette famille, au centre du film, est présentée comme une entité composite, un labyrinthe complexe de préjugés, de secrets et de non-dits. La matriarche, Néfissa, défend des valeurs conservatrices. Elle juge sévèrement sa fille Wahida (Hiam Abbass), la mère de Lilia, qui occupe à ses yeux un emploi peu convenable pour une femme, médecin, et qui, partie vivre à l’étranger, est revenue divorcée de son mari.
Néfissa est aussi celle qui a poussé Daly à faire un mariage qui ne l’a pas rendu heureux. Si Wahida a soutenu son frère contre sa mère, elle tient à ce sujet des positions ambiguës, qui font douter Lilia sur la manière dont elle pourrait recevoir l’annonce de sa propre homosexualité. Sur ce dernier sujet, le film dépeint tout un spectre de positions, depuis le rejet pur et simple, la tolérance si l’homosexualité est cachée, jusqu’à l’acceptation.
Ces strates familiales sont autant de couches temporelles superposées auxquelles Leyla Bouzid donne corps par des choix de mise en scène. Quand Lilia arrive au pied de la maison familiale, des fantômes de son enfance apparaissent dans le rétroviseur de la voiture. Plus tard, un montage rend compte du mariage de Daly façon roman-photo. Des lettres ressuscitent une mémoire oubliée soudain ramenée à la vie, comme si le passé était toujours prêt à affleurer, resté encore bien vivant dans les objets, les lieux.
Travail de mémoire
A voix basse embrasse aussi un territoire, autour de la ville balnéaire de Sousse, où cohabitent des espaces de liberté et d’autres d’enfermement. Ceux-ci sont en grande partie déterminés par les régimes de parole qui y ont cours. A l’empêchement qui prévaut dans la grande maison familiale fait écho le commissariat où la vérité ne pourrait éclater sans briser la violente répression qui
pèse encore sur les corps. A l’inverse, le bord de mer ou le bar queer où se rendent Lilia et Alice accueillent l’expression des élans, des regrets et des douleurs. Ces lieux permettent à chacun d’être pleinement soi-même, sans avoir à mutiler une partie de son identité.
Ils rendent justice surtout au personnage de Daly. Par tout un travail de mémoire de Lilia qui accompagne le film, cet oncle taciturne est rendu à son intelligence, à sa sensibilité, à sa part de poésie grâce aux témoignages de ceux qui l’ont connu, aux souvenirs qu’il a laissés derrière lui. C’est ainsi toute une communauté parallèle qui s’agrège, jusqu’à donner forme à une deuxième famille, recréant du lien entre homosexuels et lesbiennes. Véritablement protectrice et émancipatrice celle-là.
A la violence de la société qui frappe ceux qui sont à la marge, Leyla Bouzid répond par la douceur. Son film, avec cette caméra attentive, déborde de tendresse pour ses personnages sans jamais se cantonner à quelque chose de lisse. La réalisatrice prend le temps de les regarder, de les accompagner. Elle refuse de les enfermer dans les schémas mortifères où ils devraient nécessairement payer pour qui ils sont. Chacun de ses films dessine des trajectoires.
A voix basse est pris dans un élan d’ouverture : plus le récit progresse et plus l’obscurité laisse place à la lumière. Plus l’histoire avance et plus le film gagne en sensualité, jusqu’à une très belle séquence pleine de poésie où les corps de Lilia et Alice sont superposés à l’image dans le même lit afin de dépeindre leur étreinte tout en se jouant des contraintes de la censure. A voix basse parvient alors à dire tout haut la beauté de ceux qui se désirent et qui s’aiment.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=DBJ9HFMnFIQ
