CHRONIQUES D'HAÏFA - HISTOIRES PALESTINIENNES
ven. 03 oct.
|LE COLISÉE CARCASSONNE
Drame - Palestine - 2h04 (3/09/2025) De Scandar Copti Avec Manar Shehab, Toufic Danial, Wafaa Aoun Titre original Yin'ād 'Alīku


Heure et lieu
03 oct. 2025, 18:00 – 12 oct. 2025, 18:00
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
HORAIRES
Jeu 9/10 : 16h20 - Dim 12/10 : 18h15
SYNOPSIS
Dans une famille palestinienne de Haïfa, Fifi 25 ans, est hospitalisée après un accident de voiture qui risque de révéler son secret. Son frère, Rami, apprend que sa petite amie juive est enceinte. Leur mère, Hanan, tente de préserver les apparences tandis que le père affronte des difficultés financières. Quatre voix, une maison, entre conflits générationnels et tabous, dans une société où tout peut basculer à tout moment.
SECRETS de TOURNAGE
Chroniques d'Haïfa a été tourné dans l’ordre exact du récit, ce qui est rare dans le cinéma. Cela a permis aux acteurs de vivre l’évolution de leurs personnages en temps réel. Par ailleurs, deux caméras portées suivaient les comédiens de très près, comme dans un documentaire. Ce dispositif visait à capter l’intensité des scènes sans jamais les figer. L’équipe technique, extrêmement réduite, restait quasi invisible pour ne pas perturber le naturel des acteurs. Il n’y avait ni projecteurs ni perches pour conserver une ambiance intime.
Les scènes des Chroniques d'Haïfa sont inspirées de faits réels vécus par le réalisateur Scandar Copti ou entendus dans son entourage. Chaque personnage et chaque conflit reflète une situation fréquente en Palestine ou en Israël. Le film aborde les enjeux sociétaux à travers des éléments ordinaires : famille, école, travail. Même les fêtes juives, omniprésentes, deviennent des marqueurs d’oppression indirecte. En filmant le quotidien sans artifice, Copti a voulu révéler les tensions invisibles et les oppressions intériorisées. Cette approche documentaire donne au film une portée politique forte.
CRITIQUES
Télérama :
“Chroniques d’Haïfa”, un appel vibrant à s’émanciper de toutes les oppressions
En Israël, une famille palestinienne face aux secrets, aux mensonges, aux tabous. Un film construit comme un puzzle qui rejette avec force les idéologies mortifères.
Des histoires de famille comme on les aime, dans une société… détestable. Palestinien né à Tel-Aviv-Jaffa, dont il montrait un quartier et ses différentes communautés dans Ajami (2009), le réalisateur Scandar Copti se penche sur une autre ville israélienne, plus bourgeoise, où Juifs et Arabes cohabitent plus qu’ils ne vivent ensemble. Inspiré d’histoires vraies et interprété par des acteurs non professionnels, ce nouveau film est l’œuvre d’un conteur qui sait faire vivre des personnages attachants, doublé d’un observateur intransigeant qui ne ménage personne.
Sans préambule, nous voici jetés dans une réalité où le comportement de chacun raconte des tensions omniprésentes. Que fait la jeune Fifi en observation à l’hôpital, habillée et maquillée pour une sortie festive ? Étudiante, elle avait dit à sa mère, Hanan, qui l’appelle dix fois par jour, qu’elle révisait avec des amies… Le père a ses secrets lui aussi, mais ses embrouilles financières sont en train d’éclater au grand jour. En pleins préparatifs du mariage de son autre fille, Hanan veut tout faire pour cacher que les comptes virent au rouge et pour empêcher que s’effondre l’image de cette famille palestinienne respectable. Où le fils, Rami, se garde de dire qu’il persécute une hôtesse de l’air juive pour qu’elle avorte de l’enfant qu’elle attend de lui…
Construit comme un puzzle, le récit croise ces différentes trajectoires en faisant des retours en arrière, pour révéler peu à peu la vérité sous les mensonges et la manipulation permanente des uns par les autres. La vie à Haïfa nous apparaît ainsi comme une gigantesque toile d’araignée, un empire de la contrainte où les interdits et les haines transmis par chaque culture règnent sur les destins individuels. À travers Fifi, qui fait un stage dans une école maternelle, on voit même comment les enfants israéliens sont élevés dans la perspective unique de la guerre. L’étudiante se fait également le révélateur, par ses affaires de cœur, de la dictature morale qu’est l’éducation des filles, côté arabe. En se montrant pessimiste quant à cette société où les différents pouvoirs ne laissent personne en paix, le réalisateur ose une dureté éclairante qui exprime aussi son émotion. Face à la peur de voir disparaître la liberté de vivre et de faire des choix personnels, le film lance un appel vibrant à rejeter toutes les idéologies.
Libération :
«Chroniques d’Haïfa», un récit familial un peu trop clan-clan
Etrangement décalé par rapport à l’actualité, le long métrage du cinéaste palestinien Scandar Copti ne réussit à piquer l’intérêt du spectateur qu’à la faveur d’une dernière partie réussie. Deuxième long métrage du réalisateur palestinien Scandar Copti, Chroniques d’Haïfa, histoires palestiniennes a été tourné dans la ville d’Haïfa en… 2022. Il nous arrive donc selon un drôle de timing qui ne facilite pas sa vision. Le film, récit choral, est centré sur une famille palestinienne vivant en territoire israélien et sur les conflits générationnels qui menacent son harmonie. Situé dans un milieu bourgeois, au sein d’une grande maison avec piscine et bons vins, Chroniques d’Haïfa peine dans un premier temps à se départir d’une facture et d’un esprit télévisuel : une famille attachante, des problèmes de cœur et d’argent, beaucoup de cris et d’amour.
Le sujet des Palestiniens nés en Israël et donc citoyens du pays (mais de seconde zone), passionnant en soi, n’est traité qu’à la marge, davantage sous la forme du fait divers qu’en le problématisant véritablement, d’où l’effet d’un récit qui pioche dans le réel seulement de quoi bien ficeler son scénario. Il faut attendre la dernière partie du film pour que notre intérêt soit éveillé grâce au personnage de Fifi, petite sœur rebelle de la famille, qui se bat pour défendre sa liberté d’aller et de venir, de faire la fête, l’amour.
La réussite de ce dernier segment doit beaucoup à son interprète, Manar Shehab, actrice non professionnelle comme l’ensemble du casting, plutôt qu’à une mise en scène qui reste hélas très monotone, basée sur un recours quasi systématique au plan moyen qui endort l’œil.
Le Monde :
« Chroniques d’Haïfa » : complication existentielle pour les Palestiniens d’Israël
Retour aux affaires du réalisateur palestinien vivant en Israël Scandar Copti, disparu depuis le palpitant Ajami, coréalisé en 2009 avec Yaron Shani. Chroniques d’Haïfa, qui sonde le cœur et les reins d’une famille de notables palestiniens habitant la grande cité portuaire israélienne, en conserve les qualités. Acteurs non professionnels, tournage à la sobriété et à l’énergie, intensité des situations, litanie frémissante des gros plans, refus de la linéarité omnisciente, narration chorale travaillée comme une composition cubiste. Autant dire qu’on entre avec ce film dans la complication existentielle d’une cohabitation entre Juifs et Arabes partageant une même terre et une même citoyenneté. Cette complication, le film, très intelligemment, la fait sienne, grâce à son dispositif narratif, parcellaire et fragmenté à la Rashomon (Akira Kurosawa, 1950). Quatre personnages guident ainsi chacun leur tour un récit tortueux et torturé dans lequel tout le monde semble mentir à tout le monde et d’où émerge une merveilleuse héroïne en quête d’émancipation et de liberté, Fifi, lumineusement incarnée par Manar Shehab.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=0DjevZkJ2aQ

