CINEMA ET LITTERATURE dimanche 14 juin 2026 à 10h30
dim. 14 juin
|LE COLISÉE CARCASSONNE
BELA TARR - LASZLO KRASZNAHORKAI une collaboration hongroise : un génie du cinéma et le prix Nobel de littérature 2025


Heure et lieu
14 juin 2026, 10:30 – 13:30
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
Journée exceptionnelle à Carcassonne
10h30 au Colisée présentation et projection de Les Harmonies Werckmeister de Béla Tarr
13h30 pique-nique tiré du sac au Campus Faol, 17 quai Riquet (5mn à pied du Colisée), suivi d'échanges et de lectures de textes choisis de László Krasznahorkai
Table de littérature avec Mots et Cie
Et mardi 16 juin de 17h30 à 18h30 à la MJC , 91 rue Aimé Ramond, lectures de textes choisis de L. Krasznahorkai
Les Harmonies Werckmeister
Drame - 2h25 (19/02/2003) de Béla Tarr, Agnès Hranitzky, scénario Béla Tarr et László Krasznahorkai
avec Peter Fritz, Lars Rudolph, Hanna Schygulla
Titre original Werckmeister harmoniak
Synopsis :
Le pays est en proie au désordre, des gangs errent dans la capitale. Valushka, un postier, s'extasie sur le miracle de la création et se bat contre l'obscurantisme. Dans un café, il tente d'entraîner les clients ivres dans ses visions cosmologiques, puis, à travers la ville, chez Monsieur Eszter, un vieil homme occupé à accorder un piano pour retrouver l'harmonie du clavecin qui a été brisée par l'invention Werckmeister.
Un mystérieux cirque est installé sur la grande place où la foule muette se rassemble.
Valushka court sous un ciel de plomb, le vent souffle, on est en novembre et c'est déjà l'hiver, le brouillard se répand, plus épais que jamais, la lumière est glacée, brutale, irréelle, les rues couvertes de détritus, les immeubles délabrés, des vitrines ont été brisées ; plus de médecins, plus d'écoles, l'heure du Jugement dernier serait-elle arrivée ?

CRITIQUES
Cahiers du Cinéma :
Ce cinéma, qui tient d'une sorte de naturalisme fantastique pris dans l'étau d'une rigueur kubrickienne, couve littéralement ses personnages, donnant à voir le monde non à travers les yeux d'un démiurge omniscient (on est loin de Japon), mais dans celui, bouleversant, d'un simple bohémien contemplateur de la chute des astres.
Le Monde :
Il se produit en art, a fortiori au cinéma, certains croisements d’astres inattendus, comme ce fut le cas en Hongrie, vers la fin des années 1980, entre deux remarquables créateurs, le romancier Laszlo Krasznahorkai et le cinéaste Bela Tarr, révélés l’un à l’autre par l’entremise du grand écran. Leur collaboration – cinq films en vingt-cinq ans, de Damnation (1988) au Cheval de Turin (2011) – s’est traduite par l’invention d’une forme sans précédent (y compris dans les œuvres antérieures de Tarr, très dissemblables) : un théâtre d’ombres modelé dans la glaise du temps, une note grave maintenue dans le chaos du monde.
Après la monumentale fresque de Satantango (1994, arrivée en salle en février 2020), le distributeur Carlotta remet le couvert avec le second pic de cette association, Les Harmonies Werckmeister (2000), septième long-métrage signé Bela Tarr, le premier à avoir fait l’objet d’une sortie française (en février 2003), de retour à la faveur d’une splendide version restaurée.
Le film s’inspire du deuxième roman de Krasznahorkai, La Mélancolie de la Résistance (1989, Gallimard, 2006), écrit comme Satantango sur la pente descendante des années 1980, peu avant l’écroulement du bloc soviétique, au moment où se profilait, en Hongrie, l’horizon de la transition démocratique. C’est donc un sentiment de désastre à venir, ou d’avenir grevé par l’incertitude, qui s’attache alors à la plume de l’écrivain, prodigue en communautés villageoises égarées, comme en figures de charlatans et de faux prophètes.
Quand Satantango (le film), du haut de ses sept heures, racontait la gueule de bois des lendemains qui déchantent, sur le modèle du joueur de flûte d’Hamelin, Les Harmonies Werckmeister pressentent le retour du fascisme et l’hystérisation des foules – l’avenir politique hongrois ne leur donnera pas complètement tort. Bela Tarr trouve dans l’usage que l’écrivain fait de la parabole un espace adéquat pour tracer ses prises de vues extensives et ses travellings vertigineux.
Révolutions et rotations
A la tête d’un grand hangar sur roues, un cirque itinérant fait son arrivée dans une petite ville, traînant dans sa remorque une énorme baleine, ainsi qu’un mystérieux « Prince », dont les discours provoquent des attroupements, attisent la colère. Chez les particuliers et les commerçants, on se méfie de ces intrus qu’on soupçonne de semer partout le ferment du désordre. Janos (Lars Rudolph), humble colporteur de journaux, assiste au vent de panique qui s’empare de la ville, du sentiment de catastrophe imminente qui plane. Fasciné par la baleine, monstre biblique au mythe duquel son prénom renvoie (Janos/Jonas), le candide sert aussi d’aide à domicile à un vieil intellectuel reclus, un certain Eszter (Peter Fitz). Celui-ci est, en effet, absorbé dans d’interminables recherches en musicologie concernant Andreas Werckmeister, compositeur du XVIIIᵉ siècle qui eut le malheur de découper l’octave en douze parties égales (source du clavier dit « bien tempéré »), et de perdre ainsi les résonances cosmiques de la musique originelle.
Liberation :
Découvrir un film du Hongrois Béla Tarr, c'est s'engager dans une expérience esthétique certes exigeante mais inoubliable. Les Harmonies Werckmeister s'ouvre ainsi sur un incroyable plan-séquence de neuf minutes où des ivrognes tournoyants se prennent pour les planètes du système solaire. Le récit est plus que mince (l'arrivée d'un cirque itinérant et d'une baleine empaillée dans un village d'Europe centrale), le rythme plus que lent, mais les images au noir et blanc somptueux placent le spectateur dans un état proche de l'hypnose. A contempler dans un DVD techniquement irréprochable, doté d'une analyse de séquence.
Télérama :
Ces Harmonies Werckmeister, chargées parfois de symboles un peu démonstratifs, n'atteignent pas la splendeur décadente du Tango de Satan (...). Mais Béla Tarr aura été là pour saisir ce lent moment de basculement en offrant dans le même temps, à travers ses images de recueillement profane, un peu de paix.
Les Inrockuptibles :
Une balade surréelle et contemplative, orchestrée par un vrai magicien de l'image.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=qj-79K1RHCk


