CIUDAD SIN SUEÑO
jeu. 16 oct.
|LE COLISÉE CARCASSONNE
Drame - Espagne - 1h37 (3/09/2025) De Guillermo Galoe Avec Fernández Gabarre, Bilal Sedraoui, Fernández Silva


Heure et lieu
16 oct. 2025, 16:00 – 28 oct. 2025, 20:00
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
HORAIRES
5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :
Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.
Jeu 16/10 : 16h05 - Dim 19/10 : 18h20 avec présentation du film par un membre de l'association
Ven 24/10 : 18h - Lun 27/10 : 14h - Mar 28/10 : 20h45.
SYNOPSIS
Toni, un garçon Rom de 15 ans, vit dans le plus grand bidonville illégal d'Europe, en périphérie de Madrid. Fier d'appartenir à sa famille de ferrailleurs, il suit son grand-père partout. Mais à mesure que leur terrain devient la proie des démolisseurs, la famille se divise : lorsque certains choisissent de partir en ville, son grand-père, lui, refuse de quitter leurs terres. Au fil des nuits, Toni doit faire un choix : s’élancer vers un avenir incertain ou s'accrocher au monde de son enfance.
SECRETS de TOURNAGE
Il s’agit du premier long-métrage de fiction de Guillermo Galoe qui s’est surtout fait connaître grâce au documentaire Fragil equilibrio (2016) et plusieurs courts-métrages (Lo-Tech Reality, Aunque es de noche…).
Ciudad sin sueño est reparti du Festival de Cannes auréolé du Prix SACD de la Semaine de la Critique.
CRITIQUES
Cahiers du Cinéma :
Ciudad sin sueño n’idéalise pas ce lieu dont le quotidien est noirci par le deal et le manque de moyens. Mais il ne joue pas non plus la carte sombre du misérabilisme social. L’horizon n’est pas bouché.
Liberation :
Décharné et fantaisiste, le long métrage néoréaliste de Guillermo Galoe, tourné avec des acteurs non professionnels, suit à hauteur d’homme une famille rom dans un bidonville près de Madrid.
Le néoréalisme a moins bonne presse que la Nouvelle Vague ; on prend plus rarement en référence le grand aîné venu d’Italie, cette génération spontanée de cinéma de la Libération, saut décisif dans le vide réel, pas encore auteuriste mais déjà impur, dont on n’a pas célébré cette année les 80 ans (si l’on date bien sa naissance de 1945 avec Rome, ville ouverte). Ciudad sin sueño vient alors faire une piqûre de rappel, avec ses acteurs «non professionnels», ses personnages Roms tels qu’en eux-mêmes, en famille et en communauté, suivis dans les méandres de Cañada Real, gigantesque bidonville non loin de Madrid s’étendant sur des kilomètres de rase campagne et de terrains vagues, entre petite délinquance, trafics, démerde, chasse au lapin et ferrailleurs biffins, puis grande destruction au fur et à mesure des habitats de fortune sans eau ni électricité par les tractopelles de promoteurs vautours.
Le néoréalisme, cette école de la rue et de la prise directe, à hauteur d’homme, de femme et d’enfant, inspire pourtant un grand nombre de films semi-documentaires actuels, avec la vogue du reenactment qui titille la critique. Et Guillermo Galoe, qui signe ce beau et modeste Ciudad sin sueño, s’en revendique ouvertement.
Filtres colorés
Cet univers de ruines et de poussière – ces ruines qui sont au fondement esthétique du néoréalisme, comme du monde nouveau qui vient –, avec son personnage d’ado errant, Toni le petit gitan, est plus proche de Vittorio De Sica que de Roberto Rossellini, du Voleur de bicyclette mais version chienne, enfin plus édifiant que celui du cinéaste de Païsa : à la place du vélo, ce lévrier princier qui est retiré à Toni pour des raisons de dettes entre familles, qu’il cherche à récupérer par tous les moyens.
Le film de Galoe, décharné et fantaisiste, se parant des filtres colorés sur le portable avec lequel Toni et son ami Bilal se filment, traite de liberté et de séparation, de l’expulsion facile des êtres sans racines, de la sédentarité des «gens du voyage» qui doivent désormais choisir entre rester dans leur zone en friche peu à peu détruite (comme le grand-père, ce colosse) et emménager dans un appartement HLM, confort moderne, terrasse et eau courante : scène mémorable de Toni jouant avec le jet de la salle de bain, cet objet insolite. D’une sédentarité à l’autre, d’un déménagement à Marseille de Bilal ou à Madrid de Toni, la vie est libre et efflanquée comme un lévrier.
Télérama :
“Ciudad sin sueño”, de Guillermo Galoe : un conte social à couper le souffle
Au cœur d’un des plus grands bidonvilles d’Europe circulent la drogue, les légendes gitanes et deux ados rêveurs. Un premier film impressionnant, où la beauté luit dans la noirceur.
Peut-on dormir, rêver, en sachant que la lumière ne se rallumera pas ? En octobre 2020, les autorités ont coupé l’électricité dans la Cañada Real, l’un des plus grands bidonvilles d’Europe. Il fallait rendre la vie impossible aux milliers de résidents qui avaient eu le tort de s’installer jadis sur cet ancien chemin de transhumance de la banlieue de Madrid. Avec la croissance urbaine, la capitale espagnole s’est rapprochée de la Cañada, et la valeur des terrains est montée. D’où la volonté des pouvoirs publics de chasser les communautés gitanes, roms, ou encore marocaines qui peuplent le ghetto. Voilà pour le contexte. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Ciudad sin sueño n’a rien du film-dossier ; il n’a même pas les caractéristiques habituelles du cinéma social. Plus proche du travail de Kiarostami que de celui d’un Ken Loach, ce film d’une grande puissance poétique porte haut son ambition visuelle et narrative.
Dès l’ouverture, scène de chasse impliquant un pick-up rempli d’enfants avec un lévrier espagnol immaculé nommé Atomica et un lapin aux abois, l’immersion est totale. Pour raconter le crépuscule d’un monde communautaire qui survit à la lueur des braseros, le cinéaste venu du documentaire Guillermo Galoe a choisi des héros adolescents. Toni et Bilal, l’un Gitan, l’autre d’origine marocaine, deux amis en passe de quitter l’enfance. Le premier aide son grand-père, ferrailleur, patriarche impressionnant qui refuse d’aller vivre en ville et en appartement. Le second doit partir loin du bidonville pour s’installer ailleurs avec sa famille. En attendant que se profile leur avenir incertain, le duo arpente la nature alentour en la filmant avec les filtres fantastiques de leurs téléphones portables. Soudain, les légendes et les mythes racontés à la veillée par la grand-mère gipsy se matérialisent sous nos yeux : des fleuves de vin et de lait, des oiseaux multicolores, un village d’or…
Le regard réaliste posé sur ce lieu dantesque, où la drogue circule aussi facilement que les animaux et les enfants des rues, se double ainsi d’un élan romanesque irrésistible, porté par des acteurs non professionnels habitant la Cañada Real. Grâce à eux, à des prises de vues audacieuses et à la phototagraphie de Rui Poças (chef opérateur talentueux qui a travaillé, entre autres, pour le Portugais Miguel Gomes), la beauté luit au cœur de la noirceur. Entre contes immémoriaux, vérisme et surnaturel, ce premier film célèbre sans simplisme une culture du lien et du dehors, un mode de vie communautaire certes agonisant, mais encore vivant.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=svJQu7O26Jo

