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DEUX PROCUREURS

ven. 28 nov.

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LE COLISÉE CARCASSONNE

Drame historique - France, Allemagne - 1h58 (5/11/2025) De Sergei Loznitsa Avec Aleksandr Kuznetsov, Aleksandr Filippenko, Anatoliy Belyy Titre original Zwei Staatsanwälte

DEUX PROCUREURS
DEUX PROCUREURS

Heure et lieu

28 nov. 2025, 18:00 – 09 déc. 2025, 20:00

LE COLISÉE CARCASSONNE

À propos de l'événement

HORAIRES

5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :

Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.

Ven 28/11 : 18h30 - Dim 30/11 : 18h30 - Lun 1/12 : 13h45

Jeu 4/12 : 16h - Mar 9/12 : 20h échanges après la séance en présence des ADC 


SYNOPSIS

Union Soviétique, 1937. Des milliers de lettres de détenus accusés à tort par le régime sont brûlées dans une cellule de prison. Contre toute attente, l’une d’entre elles arrive à destination, sur le bureau du procureur local fraîchement nommé, Alexander Kornev. Il se démène pour rencontrer le prisonnier, victime d’agents de la police secrète, la NKVD. Bolchévique chevronné et intègre, le jeune procureur croit à un dysfonctionnement. Sa quête de justice le conduira jusqu’au bureau du procureur-général à Moscou. A l’heure des grandes purges staliniennes, c’est la plongée d’un homme dans un régime totalitaire qui ne dit pas son nom.


SECRETS de TOURNAGE

Une nouvelle interdite pendant 40 ans

Deux Procureurs est né d’une nouvelle écrite en 1969 par Georgy Demidov, physicien arrêté en 1938 et envoyé au Goulag. Ses écrits furent saisis par le KGB en 1980 et ne purent être publiés qu’en 2009, après avoir dormi quarante ans dans l’ombre. Sergei Loznitsa explique : "Au cours des trente dernières années, je me suis constitué une vaste bibliothèque d’ouvrages écrits par des prisonniers du Goulag et des camps nazis. Naturellement, lorsque j’ai entendu parler de la publication de Deux Procureurs, j’ai été intrigué."

"Je l’ai lu, et cette histoire m’a fasciné et m’est restée en tête… Dans un pays où des dizaines de millions de personnes ont été déplacées ou sont passées par le Goulag, et où des millions sont mortes de faim ou dans des conditions inhumaines – la mémoire de ces tragédies vit encore dans presque chaque famille et nous hante toujours aujourd’hui. Quelques années plus tard, j’ai écrit le scénario."

Un casting d'exilés

Le rôle principal a été confié à Aleksandr Kuznetsov après une rencontre à Cannes. Avec Alexander Filippenko et Anatoli Beliv, tous trois avaient quitté la Russie après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Le reste de la distribution mêle acteurs lituaniens, lettons et russophones, témoignant d’une mémoire partagée du passé soviétique.

CRITIQUES :

Cahiers du Cinéma :                                                                                                      

À ce temps déboussolé de l’Histoire, bloquée dans une circularité mortifère, Loznitsa n’oppose que le visage cabossé mais juvénile de son héros, sentinelle dont les traits se libèrent à chaque influx de sommeil. Dormir, rêver peut-être. »             

Télérama :                                                                                                                   

Les occasions de rire devant un film de Sergei Loznitsa sont rares. Raison de plus pour apprécier la blague soviétique racontée par le directeur de la prison de Briansk à son adjoint dans Deux Procureurs : « Deux bolcheviques se souviennent de leur jeunesse : “Que faisiez-vous avant la révolution ? — J’attendais en prison. — Et après la révolution ? — La prison m’attendait.” » Nous sommes en 1937. En URSS, la Grande Terreur stalinienne est à son apogée. Les militants les plus zélés du Parti communiste sont arrêtés par dizaines de milliers pour être conduits devant le peloton d’exécution ou au goulag. L’un d’eux, Stepniak, a réussi, depuis sa cellule, à transmettre un message (écrit avec son propre sang) pour raconter son calvaire et demander justice. Kornev, un jeune procureur tout juste diplômé, demande à le rencontrer derrière les barreaux pour recueillir son témoignage, en dépit des menaces à peine voilées des autorités pénitentiaires…                                

Le cinéaste ukrainien, grand metteur en scène de l’espace, transforme la prison en un labyrinthe infernal où le magistrat sûr de son bon droit semble tourner en rond, conduit par les geôliers réticents d’escaliers en corridors, de sas en plateformes, avec chaque fois une grille à ouvrir puis à reverrouiller dans un claquement métallique sinistre. Le cadre au format carré, le plan fixe généralisé, l’absence de couleurs vives (à l’exception du rouge sang) renforcent le sentiment d’oppression. On pense bien sûr à Kafka devant cette fable cauchemardesque sur le règne de l’arbitraire, où tragédie et grotesque se mêlent. Mais Loznitsa, comme dans Une femme douce (2017), l’un de ses précédents grands films de fiction, emprunte aussi à Gogol pour évoquer le petit peuple russe, symbolisé par un mutilé de guerre bavard. Ce personnage, lui aussi vétéran de la révolution, fait d’autant plus écho à celui du détenu Stepniak qu’il est interprété par le même acteur, le formidable Alexander Filippenko. Face à lui, Aleksandr Kuznetsov, avec son regard candide, bouleverse en procureur intègre, victime de son idéalisme révolutionnaire, sinon de sa naïveté. Un « idiot » au sens noble du terme, comme les magnifiait Dostoïevski.                         

Le Monde

C’est un conte circulaire, qui s’achève exactement où il avait commencé, sur une porte de prison qui s’ouvre, lourde, et se ferme en grinçant sur le regard du spectateur. Entre les deux, Deux procureurs tient tout entier, déroulant le parcours obstiné du protagoniste, traversant diverses officines de l’Union soviétique de 1937 au plus fort de la répression stalinienne, lancé dans une démarche administrative qui se révélera une descente aux enfers. Cette enfilade de couloirs qui ne débouchent que sur eux-mêmes, on la connaît bien : c’est le décor labyrinthique du Procès, de Kafka, ou d’un inépuisable fonds de nouvelles russes, du Double de Dostoïevski, à La Fosse de Platonov qui décrivent tous le même système sans échappatoire. L’Ukrainien Sergei Loznitsa, vent debout contre l’agresseur russe dans ses documentaires dont L'invasion (sorti en octobre 2025) comme dans ses fictions, adapte ici une nouvelle moins connue, un texte maudit, interdit pendant quarante ans, de Gueorgui Deminov (1909-1987) , scientifique soviétique envoyé au goulag. Tout commence par une fuite. Dans la prison de Briansk, où les prisonniers dépérissent dans des conditions effroyables, une lettre de complainte qui devrait être brûlée s’échappe. Elle arrive jusqu’à Alexandre Kornev, un procureur débutant qui se rend sur place et exige de voir le prisonnier auteur de la missive, malgré la mauvaise grâce du personnel. Il y parvient, et échange avec un vétéran d’Octobre enfermé en quartier de haute sécurité, en fait un grabataire au corps brisé par les interrogatoires du NKVD, la police secrète. Kornev décide d’en référer à Moscou, où il se rend, mallette au poignet, pour demander audience au procureur général Vychinski. Mais voilà qu’il se heurte à de nouvelles difficultés : couloirs infinis, portes closes, salles d’attente, visages illisibles, silhouettes furtives, messages brouillés. Lieux inhospitaliers Deux procureurs s’attache ainsi à un personnage avançant à l’aveugle, claquemuré dans son idéal du droit démocratique (il cite ses sources romaines), si bien que toute la réalité autour de lui semble affectée d’étrangeté. Mais cette atmosphère viciée de silence et de soupçon n’est que l’autre nom de la purge en cours. A ce juriste en herbe l’acteur Alexandre Kouznetsov, découvert dans Leto de Kirill Serebrennikov  (2018), prête son visage énigmatique, au nez de boxeur creusé d’une vertigineuse déclivité. Visage de poupon un peu tordu, d’oiseau à peine tombé, comme décalé dans sa fonction, il incarne un droit qui n’a déjà plus cours. Il suffit d’abord à Loznitsa de suivre simplement son personnage dans sa traversée des espaces qui semblent emboîtés les uns dans les autres : d’abord la prison, siège de l’enfer soviétique, puis le palais de justice, dédale administratif. A chaque fois, il s’agit pour Kornev d’atteindre un centre enfoui, celui du secret, ici la cellule protégée du prisonnier politique, là la confidence d’un haut fonctionnaire quasi inaccessible. D’une épure remarquable, la mise en scène s’appuie sur le plan fixe pour mettre la frêle silhouette du jeune héros aux prises avec ces lieux inhospitaliers : l’espace carcéral barré, obstrué par l’enfilade des grilles, barrières, cloisonnements, échafaudages ; le palais creusé de travées massives où se bousculent les regards inquiets et les messes basses inaudibles. Cela, le cinéaste le dépeint dans un camaïeu de couleurs cassées, véritable travail plastique sur les teintes brunes, beiges et lie-de-vin, rendues hagardes par la lueur capiteuse des lampes à sodium. Il n’en faut pas plus pour dire le totalitarisme : atmosphère suspecte où même les murs semblent avoir blêmi. La durée des plans laisse infuser ce décor blafard et disciplinaire qui semble configuré soit pour isoler, soit pour massifier les individus .Langage à double sens La sobriété de Deux procureurs l’engage aussi sur le terrain de la parole, le film se réservant de longues plages de dialogues où tout se joue entre les mots. Tandis que Kornev manie la langue positive du droit, il en va tout autrement pour ses interlocuteurs (le directeur de la prison, Vychinski ou deux joyeux camarades de compartiment dans le train). Eux pratiquent un langage à double sens, où l’énoncé cache toujours quelque chose et dont les questions ne sont jamais innocentes. C’est, encore une fois, la langue totalitaire où les mots renferment toujours un ferment de menace. Les dialogues, eux aussi à double fond, jouent de cette infection du langage et, chaque fois qu’on tente de corrompre Kornev, c’est avec des allusions grivoises qui raillent sa trop évidente virginité.

Evidemment, tout film d’époque engage un rapport au présent, celui-ci encore plus, puisque sous les traits de l’URSS stalinienne on sera tenté de reconnaître l’actuelle Russie poutinienne. D’autant plus que Loznitsa, côté fiction, n’a pas toujours eu la main légère question satire carnavalesque, précédemment dans Donbass (2018) qui tirait à boulets rouges sur la dérive postsoviétique du voisin agresseur. Mais le choix du conte convient bien au cinéaste, soulageant sa tendance à l’assénement au profit plus subtil du contournement, du sous-entendu, de l’absurde. Sa portée s’en trouve élargie.

Car, en vérité, aucun régime sur la planète n’est vraiment exempt de ce que décrit Deux procureurs : la tentation du raidissement, l’accaparement de l’appareil d’Etat, le virage autoritaire – pas même les démocraties libérales. Le film parle du moment d’après : la conscience qui se réveille trop tard, dans une réalité devenue intégralement carcérale. Et le conte de prendre un tour cruel.


Bande annonce :https://www.youtube.com/watch?v=AoZpxL2rI2M




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