FRANZ K
ven. 12 déc.
|LE COLISÉE CARCASSONNE
Drame, Biopic - République Tchèque - 2h07 (19/11/2025) De Agnieszka Holland Avec Idan Weiss, Peter Kurth, Carol Schuler


Heure et lieu
12 déc. 2025, 18:00 – 23 déc. 2025, 20:00
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
Changement de programmation : le 27/11/25, nous avons appris que le documentaire CARAVAGE précédemment sélectionné ne pouvait pas être diffusé. Nous le remplaçons par Franz K.
HORAIRES
5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :
Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.
Ven 12/12 : 18h10 - Dim 14/12 : 18h - Lun 15/12 : 14h
Jeu 18/12 : 16h - Mar 23/12 : 20h échanges après la séances en présences des ADC.
SYNOPSIS
De son enfance à Prague jusqu’à sa disparition à Vienne, le film retrace le parcours de Franz Kafka, un homme déchiré entre son aspiration à une existence banale et son besoin irrépressible d’écrire, marqué par des relations amoureuses tourmentées.
SECRETS DE TOURNAGE
Franz K. a été choisi pour représenter la Pologne dans la catégorie du meilleur film international pour l’édition 2026 des Oscars.
Le film a été tourné sur deux pays : en Allemagne (Berlin) et en République Tchèque (Prague, Ústí nad Labem ainsi que la région de Plzeň).
Franz Kafka est ici interprété par le comédien Idan Weiss dont c’est le premier long-métrage. Par le passé, l’acteur n’avait joué que dans deux courts-métrages, Grauer-Reiter (2018) et Weltschmerz (2020).
CRITIQUES
Première :
La cinéaste choisit donc le kaléidoscope, les ruptures de ton, de rythme, de mise en scène pour embrasser la complexité d’un homme qui garde intacte sa part de mystère en dépit de tout ce qui a été dit et écrit sur lui. Tout n’est pas parfait mais cet aspect ludique bouscule avec talent l’idée reçue d’un homme aux idées aussi noires que ses œuvres.
Cahiers du Cinéma :
Si des séquences contemporaines à Prague sont censées montrer la transformation de Kafka en attraction touristique et en marchandise (un restaurant sert aux clients un « hamburger Kafka »), la manière dont Agnieszka Holland aborde son sujet semble elle- même renforcer cette banalisation du mythe de l’écrivain.
Télérama :
À travers un récit fragmenté, aux multiples narrateurs, la réalisatrice parvient à saisir les diverses facettes de l’écrivain tchèque. Un biopic singulier qui bénéficie d’un jeune interprète formidable.
Tout artiste majeur, écrivain ou rock star du XXᵉ siècle, est désormais promis à être une marchandise comme une autre. Cette récupération, Agnieszka Holland l’illustre elle-même de manière ironique, en montrant comment l’auteur mythique du "Procès" et de "La Métamorphose" est devenu dans le Prague d’aujourd’hui une attraction touristique, à travers musée, circuit, boutique de souvenirs. Une situation pour ainsi dire « kafkaïenne ». Naviguer entre les époques, laisser libre cours à une forme éclatée proche du kaléidoscope, plutôt que se plier à une narration linéaire, c’est le parti pris adopté par la réalisatrice de Green Border. Qui cherche surtout à saisir l’aspect multifacette de l’écrivain tchèque de langue allemande, souvent réduit à une image d’introverti angoissé.
La vivacité, c’est au contraire le trait dominant ici. Une vivacité fébrile qui donne à Kafka un air d’oiseau. Le film éclaire son travail d’employé d’assurance, sa vocation d’écrivain, son rapport étrange au monde, son lien avec deux femmes intelligentes, celle qu’il a failli épouser sans amour, Felice Bauer, et celle qu’il a aimé passionnément, Milena Jesenska. On le voit surtout dans le cadre familial, écrasé par un père mal aimant qui espérait d’autres choses de lui, choyé et admiré par sa sœur cadette. Soutenu par une succession de narrateurs différents, le récit est aussi rapide que fragmenté, parfois trop allusif — quiconque ne connaît pas exactement le rôle de Max Brod, l’ami et l’exécuteur testamentaire qui a sauvé les manuscrits de la destruction, risquera d’être perdu.
Franz K. est pourtant moins un film pour happy few qu’un exercice d’admiration, une sorte de jeu créatif, visuel et musical, qui s’inspire de l’homme et de ses romans. Et qui laisse bien transparaître son imaginaire et ses obsessions — la condamnation à l’échec, la sensation d’être en permanence dérangé ou englué dans un mauvais rêve. Agnieszka Holland a surtout trouvé en la personne d’Idan Weiss, jeune acteur allemand quasi inconnu jusque-là, un interprète idéal. Il ressemble physiquement à Kafka et lui donne une expressivité singulière, à la fois rieuse et mélancolique, entre la gaieté d’un enfant et le masque de Buster Keaton. Il apporte au film, qui se garde bien de tout pathos, son étrange tonalité, entre le gâchis et la magie.
Le Monde :
Le biopic d’un artiste risque la myopie, et en envisageant les choses par le petit bout de la lorgnette, d’encourir les fameux reproches que Marcel Proust fit au critique Sainte-Beuve : réduire la création à l’expression collatérale d’expériences personnelles, d’une psychologie individuelle et de ses déterminants. L’entreprise est d’autant plus redoutable lorsqu’il s’agit d’un écrivain, dont le travail confine au subliminal, à l’imperceptible. L’expérimentée cinéaste polonaise Agnieszka Holland tente le coup face à un monstre sacré, Franz Kafka.
Mais il ne suffit pas d’avoir trouvé son sosie quasi parfait (l’acteur tchèque Idan Weiss). Le film suit linéairement l’existence de l’écrivain, de sa jeunesse à sa mort, et l’on en restera globalement aux seuils et motifs les plus connus, sinon convenus, de sa vie : l’écrasant père tyrannique, les fous rires du jeune employé d’assurances, les valses-hésitations de ses amours toujours reportées, comme si importait avant tout, dans ce cadre, l’activité épistolaire, les lettres plutôt que les sens. Ne manque pas au tableau le cancrelat de "La Métamorphose", qui court durant un déjeuner sur la table familiale. Jamais ici Kafka n’écrit. Tout au plus fait-il une lecture ou deux dans des salons.
Régulièrement, l’écran est « chiffonné » par de brusques recadrages, zooms ou regards caméras : hors Kafka lui-même, les protagonistes s’adressent parfois au spectateur, donnant chacun leur tour leur vision du personnage. Ces afféteries modernistes cherchent à décoiffer une mise en plis qui reste fondamentalement laquée, antiquaire, encaustiquée.
Séquences cruelles
De même lorsque le film intègre des segments documentaires tournés de nos jours au Musée Kafka de Prague – facile ironie sur le devenir attractif et touristique d’une figure qui en était aux antipodes. Loin de dérégler l’orthodoxie chronologique d’ensemble, ces séquences sont surtout cruelles pour le film lui-même, en ce qu’il est aussi un musée de Kafka.
Pour éviter, à l’écran, ce rideau de fer entre la biographie et l’œuvre d’un écrivain illustre, l’une des options consiste à le transformer en un personnage de son propre monde, de ses fictions. Ce fut précisément le choix, pas toujours abouti mais audacieux, de Steven Soderbergh dans son Kafka (1992), mais aussi de Raoul Ruiz dans Le Temps retrouvé (1999), voué à Proust, ou de David Cronenberg, face à William S. Burroughs, dans Le Festin nu (1992), qui reste un chef-d’œuvre inégalé sur ce registre. A cette aune, Franz K. fait bien pâle figure.
Les Fiches du Cinéma :
Agnieszka Holland nous livre son Kafka tout en prenant le parti d’établir un lien entre l’homme secret et intense qu’il fut et la trace qu’il laisse dans l’Histoire. Traité sur un mode parfois burlesque, cet artifice ne rend pas honneur à la profondeur du personnage.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=0mbYKU6Jols

