FUORI
jeu. 25 déc.
|LE COLISÉE CARCASSONNE
Drame, biopic - Italie - 1h57 (3/12/2025) De Mario Martone Avec Valeria Golino, Matilda De Angelis, Elodie


Heure et lieu
25 déc. 2025, 16:00 – 30 déc. 2025, 20:00
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
HORAIRES
5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :
Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.
Jeu 25/12 : 16h - Ven 26/12 : 18h - Dim 28/12 : 18h - Lun 29/12 : 13h45.
Mar 30/12 : 20h15 échanges après la séance en présence des ADC.
SYNOPSIS
Rome. Années 80. Goliarda Sapienza travaille depuis 10 ans sur ce qui sera son chef-d'œuvre "L'Art de la joie". Mais son manuscrit est rejeté par toutes les maisons d'édition. Désespérée, Sapienza commet un vol qui lui coûte sa réputation et sa position sociale. Incarcérée dans la plus grande prison pour femmes d'Italie, elle va y rencontrer voleuses, junkies, prostituées mais aussi des politiques. Après sa libération, elle continue à rencontrer ces femmes et développe avec l'une d'entre elles une relation qui lui redonnera le désir de vivre et d'écrire.
SECRETS DE TOURNAGE
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2025.
Valeria Golino connait bien l’univers de Goliarda Sapienza. En effet, en 2024, elle a réalisé et scénarisé une adaptation en série de son célèbre roman, "L’Arte Della Gioia", lui permettant de remporter le trophée du Meilleur scénario non original lors de l’édition 2025 des David Di Donatello (l’équivalent des Césars en Italie).
CRITIQUES
Franceinfo Culture :
Avec cette évocation en forme de balade sans but, le réalisateur brosse à coups de petites touches une peinture impressionniste de la personnalité complexe de cette écrivaine au destin singulier. Une évocation qui parvient à saisir les racines d'une œuvre en s'intéressant à un moment clé de la vie de son auteure.
Le Nouvel Obs :
Il ne faut pas juger trop vite ce biopic de l’écrivaine et figure féministe italienne des années 1980 Goliarda Sapienza (Valeria Golino), mondaine éthérée qu’un vol conduit en prison et permet d’approcher un groupe de délinquantes issues des classes populaires. En troussant une fable chorale délibérément aimable et colorée (mais un peu fade), Mario Martone dilue quelque peu ce qui apparaît vite comme le vrai cœur battant du film, la relation décisive que Sapienza noue avec une jeune codétenue, Roberta (Matilda De Angelis, beauté brute et réactivité animale), chacune détectant chez l’autre un potentiel insoupçonné autant qu’une compatibilité étrange. Pour autant, la singularité de ce duo finit par reconfigurer les contours de l’ensemble, manœuvre subtile, oblique et désarmante, à l’instar du charme faussement discret qui se dégage de la précieuse Valeria Golino.
Télérama :
Fuori, de Mario Martone : une délicate balade intérieure au plus près de Goliarda Sapienza . Aux antipodes du biopic pompeux ou hagiographique, le réalisateur a choisi de raconter l’écrivaine italienne qui célébrait “L’art de la joie”, le roman qui signa sa reconnaissance posthume, autour des années de prison. Mélancolique et subtil.
Faut-il encore présenter Goliarda Sapienza ? Depuis une vingtaine d’années, cette autrice italienne (1924-1996) est devenue une figure majeure de la littérature, grâce à son chef-d’œuvre, "L'art de la joie" , roman sur la connaissance de soi qu’elle a mis dix ans à écrire, mais qu’elle n’est jamais parvenue à faire éditer de son vivant. Maudite, elle le fut. Un culte est né autour d’elle, modèle de femme libre, libertaire, indomptable. Fuori calme d’emblée le jeu autour du « phénomène » et s’en tiendra jusqu’au bout à cette position humble, sobre, néanmoins subtile. À légère distance des choses, exactement comme son héroïne, spectatrice discrète mais très réceptive, en permanence tournée vers l’écriture.
Mario Martone (Nostalgia), qui avait déjà réalisé un film sur un poète (Leopardi : Il giovane favoloso), a choisi de filmer l’écrivaine (Valeria Golino) au tournant des années 1970 et 1980. On la voit souvent seule dans son appartement, à Rome. Période difficile de déclassement, où elle a besoin d’argent, cherche en vain du boulot comme femme de ménage. Un passage par la case prison lui a coûté son statut social. Des flash-back nous la montrent incarcérée à Rebibbia, où elle purge une peine pour vol de bijoux. Là-bas, elle tisse des relations fortes avec un certain nombre de femmes, dont Roberta (Matilda De Angelis, intense), plus jeune d’une vingtaine d’années, qu’elle revoit après la prison. Entre elles se développe une amitié amoureuse, faite de rendez-vous impromptus dans des cafés, de déambulations à travers Rome.
Un film empreint d’une mélancolie diffuse :
Un esprit de fugue et de clandestinité plane tout au long du film. Avec, en fil rouge, ce thème de la liberté qui parcourt les livres de Goliarda Sapienza sur son expérience de la prison, publiés, eux, de son vivant. Où elle décrit un monde à part et défend le paradoxe selon lequel la captivité l’a recentrée sur elle-même et libérée de bien des choses, en lui permettant d’entretenir une solidarité, d’échapper à la violence du dehors. Le dehors (« fuori ») et le dedans (celui de l’introspection), voilà l’opposition qui se dessine dans la plupart des scènes. Les personnages traversent des lieux de passage (gare, hall, escalier), des espaces vides, au cœur d’un été qui semble éternel. « Le présent est déjà un mythe », déclare un graffiti gravé au fronton d’un bâtiment, que Roberta fait remarquer à Goliarda.
Le film est une dérive douce, presque paisible, empreint d’une mélancolie diffuse. La solitude, le sentiment de gâchis, les idées suicidaires ne sont jamais loin. Quel plaisir pourtant, que cette balade intérieure (avec Robert Wyatt en B.O.), non loin de celle de Nanni Moretti en Vespa dans Journal intime… Mario Martone a écumé toute la Rome d’aujourd’hui pour y retrouver des vestiges où flotte encore l’âme de l’écrivaine. Il rejoint en cela Angelo Pellegrino, le mari de Sapienza, seul homme du film, qui passe brièvement. Lui qui s’est battu dans l’ombre pour sauver l’œuvre de l’oubli.
Le Monde :
En 1980, l’écrivaine Goliarda Sapienza (1924-1996) fait un court séjour en prison pour un vol de bijoux lors d’une soirée mondaine. Elle tirera de cette expérience au cœur d’une contre-société de femmes un roman, "L’Université de Rebibbia" (1983, paru en français aux éditions Le Tripode, en 2013), qui lui offrit son premier succès. Ce, bien avant la parution à titre posthume de son chef-d’œuvre, "L'art de la joie", qui l’a élevée au rang des grandes figures littéraires du XXe siècle. Fuori, le nouveau film de Mario Martone (Nostalgia, 2022), présenté en compétition au festival de Cannes en mai, saisit, de manière fragmentaire et dispersée, l’existence de la romancière italienne dans cet entre-deux, depuis son incarcération jusqu’aux mois qui ont suivi sa libération.
Dès les premières minutes, le contraste entre la prison et l’extérieur apparaît particulièrement marqué. On voit d’abord Goliarda Sapienza (Valeria Golino) acheminée de force le long d’un couloir obscur en vue d’une fouille humiliante. Puis, on la retrouve plus tard, dans son salon baigné de soleil, prenant un café au son du vent, de la mer et des cigales. Dès lors, tout le travail du film va être de venir subvertir progressivement ces images stéréotypées enfermantes. Jusqu’à arriver, lors du générique de fin, à cette archive où l’on voit la véritable autrice proclamer à la télévision : « Mais la prison, c’est comme dehors. »
A cette logique d’espaces, Mario Martone substitue donc, fidèle à la pensée de Goliarda Sapienza, une conception du dehors (fuori) et du dedans à la fois plus sociale et intime, alternant les moments où la caméra colle au plus près de ses personnages et ceux où ils sont pris dans un environnement plus large. Le film avance vers une zone de plus en plus trouble, invitant le spectateur à questionner les apparences et les motivations de chacun. Du dehors, l’écrivaine l’est à bien des égards. Extérieure à ce monde de la littérature qui lui refuse le manuscrit sur lequel elle a travaillé pendant une décennie, à celui de l’emploi, de la politique, dont elle se tient à l’écart, à une bourgeoisie qui la rejette. Elle se positionne en observatrice du monde, en décalage avec les normes.
Une famille de substitution :
En prison, elle trouve une communauté soudée, où la solidarité et l’échange viennent adoucir des conditions d’enfermement dégradantes. Une famille de substitution à laquelle elle se raccroche une fois sortie. Notamment la mystérieuse Roberta (Matilda De Angelis), qui sait user des charmes de sa jeunesse pour obtenir ce qu’elle veut de ceux qui l’entourent. Il s’agit pour elles de faire corps, de s’ouvrir à l’autre, dans une grande liberté d’affections et de sentiments.
C’est la piste la plus tendre d’un film qui s’appuie alors sur les fondus enchaînés pour souligner cette fluidité. Mais Fuori, dans son mouvement dialectique, est également émaillé de tensions liées à la défiance, aux addictions, aux incompréhensions. Comme autant d’autres prisons. « C’est toujours l’amour des femmes qui me perd. Avec les hommes, c’est plus simple », confie Goliarda Sapienza à Roberta. Sans voir que ce sont toutes ces formes d’amour aussi qui la portent. Habité d’une douce mélancolie qu’accompagnent les mélopées de Robert Wyatt, porté par deux grandes performances d’actrice, Fuori a des airs de quête d’évasion fragile de ces cages invisibles qui enferment. Mario Martone guette partout la lumière, l’étincelle passagère qui fera vibrer un peu de vie. Avec la conviction que c’est dans la circulation des mots et dans la juste complexité des affects que se joue une part fondamentale de notre émancipation.
Positif :
Un film déchirant et lumineux.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=wPYQXbPsbag

