HAYAT
ven. 12 juin
|LE COLISÉE CARCASSONNE
Drame - Turquie - 2h40 (15/04/2026) De Zeki Demirkubuz Avec Miray Daner, Burak Dakak, Cem Davran


Heure et lieu
12 juin 2026, 18:00 – 23 juin 2026, 20:00
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
HORAIRES
5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :
Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.
Ven 12/06 : 17h45 - Dim 14/06 : 17h50 - Lun 15/06 : 14h
Jeu 18/06 : 16h - Mar 23/06 : 19h45.
SYNOPSIS
Contrainte à un mariage arrangé, Hicran s'enfuit de chez elle. Inquiété par sa disparition, son supposé fiancé Riza quitte son village pour Istanbul, à la recherche de celle qu'il n'a pas eu le temps de connaître. Face à la réalité d'un monde masculin qui veut la soumettre, Hicran s'abandonne à son destin qui ne cessera de la surprendre.
SECRETS DE TOURNAGE
L’idée du film remonte au tout début des années 2000. C’est alors qu’il effectue un voyage en Anatolie que le réalisateur, Zeki Demirkubuz, a une véritable révélation. En voyant une jeune fille faire la queue devant une épicerie, ce dernier a senti une vraie curiosité s’éveiller en lui. Cette apparition s’est transformée en une histoire simple puis, quelques années plus tard, en scénario. À l’origine, le film devait s’appeler Hicran, du nom de la jeune fille en question, et être tourné en 2003. Mais le projet n’a pas pu être finalisé et le cinéaste a réalisé cinq autres longs-métrages à la place, sans jamais oublier cette histoire. C’est finalement en 2016 que le réalisateur s’est replongé dans son scénario, qui était désormais enrichi de nouveaux personnages et éléments narratifs. Le script, très étoffé, aboutissait à un film qui allait durer au moins cinq heures. Le réalisateur a alors resserré son scénario en se concentrant surtout sur les deux jeunes personnages et leur entourage.
Bien qu’il ne sorte que maintenant sur les écrans français, Hayat a été tourné entre le 1er octobre et le 18 novembre 2021 dans plusieurs villes de Turquie comme Istanbul, Sinop et Boyabat.
Le film a été présenté en avant-première mondiale lors de l’édition 2023 du festival Filmekimi, qui se tient chaque année en Turquie. Par la suite, il a également été sélectionné dans plusieurs festivals comme celui de Thessalonique, l’Asian World Film Festival ou encore le Palm Springs Festival.
CRITIQUES
Cahiers du Cinéma :
par Fernando Ganzo
Monologues philosophiques, vagues scènes de jalousie, solitude domestique, Hicran encaissera tout avec la même détermination stoïque. Comme si le film (le cinéaste ?) lui-même se situait du côté de toute cette série d’hommes incapables de la comprendre, de gratter sa surface, même lors d’un long gros plan saisissant ses larmes intarissables
Culturopoing .com :
par Michaël Delavaud
"Hayat" [...] brille donc par son intelligence, par sa façon de prendre son temps pour caractériser ses personnages (le film dure 2h40) ; tout autant fresque intime réaliste que peinture d’une Turquie contemporaine assoiffée de modernité mais encore quelque peu engoncée dans les habits de l’archaïsme, le long métrage de Demirkubuz fait montre d’une rigueur d’écriture et d’un courage certain qui en font une œuvre à ne pas négliger.
Le Monde :
Hayat est déjà le douzième long-métrage de Zeki Demirkubuz, et seulement le premier à se frayer une sortie sur les écrans français. C’est donc par ce dernier wagon qu’on accroche l’œuvre du cinéaste turc de 61 ans, actif depuis trois décennies, bien représenté dans les festivals internationaux – Yazgi (2001) et Itiraf (2001) ayant fait conjointement l’objet d’une sélection au Festival de Cannes en 2002. Zeki Demirkubuz incarne un certain cinéma d’auteur sérieux, à la frappe grave et profonde, qui entend nourrir une critique sociale. « Je fais des films avec ma colère contre la vie telle qu’elle est, contre le système », déclarait-il, en 1999, dans Libération. Dans Hayat, ce sera donc la question du mariage arrangé – à vrai dire en net recul dans la Turquie actuelle – qui lui sert de point d’appui contestataire.
Le récit s’inscrit dans la brèche ouverte par un mariage qui n’a pas lieu. La fiancée, une certaine Hicran, a fait défection, livrant sa famille à la honte publique. Le film commence auprès du fiancé délaissé, Riza, un jeune apprenti boulanger, qui ne se remet pas du rejet subi. Alors, il quitte tout pour aller rechercher l’absente à Istanbul, qu’il considère malgré tout comme sa « promise ». Son enquête le conduit vite auprès des réseaux de prostitution qui cueillent les jeunes femmes pauvres et sans attache, à leur arrivée en ville.
Puis, l’axe se renverse. Hicran, qui n’était jusqu’alors qu’un reflet lointain (un nom, une photo, une apparition spectrale dans les rêves de Riza), prend tout à coup les rênes du récit. De retour au domicile familial après son incartade stambouliote, elle accepte, en dernier recours, le mariage avec un vieux professeur pontifiant et rasoir. Le second versant du film décline alors la série de malheurs abattant sur la jeune femme, qui se prête sans conviction au rôle social d’épouse, ne donnant aucune prise à son mari jaloux. La caméra, elle, s’intéresse précisément à cette opacité du personnage, qui est aussi sa seule marge de révolte.
Critique sociale
Par cette forme scindée en deux temps, thèse-antithèse, masculin-féminin, Zeki Demirkubuz cerne un travers bien précis de la société patriarcale, à savoir le partage binaire entre sexualité légitime et illégitime. Privilégiant le plan fixe, le cinéaste inscrit ses personnages dans un cadre d’observation. Mais, par un jeu d’ellipses laconiques, il laisse planer le doute sur leurs comportements, l’incertitude sur leurs parcours, diffusant une certaine ironie à fleur de montage. Certes, ce langage n’a rien de bien novateur, il renvoie à un certain cinéma d’auteur des années 1990, dont le laconisme était la norme. Mais Zeki Demirkubuz le maîtrise bien. En outre, il contrecarre une certaine tendance à la raideur (ciels bas, mines déconfites, silences pesants) par son goût des personnages (le petit milieu des proxénètes stambouliotes), et livre au passage quelques belles idées de mise en scène. Comme, par exemple, ce symbole du verre trop plein qui resurgit par deux fois dans les rêves des non-mariés, faisant le lien à distance.
Du reste, le film pousse la critique sociale assez loin. L’on verra donc, lors d’un passage quasi insoutenable, un père frapper sa fille à terre, et presque à mort, avant de se rendre pieusement à la mosquée, avec l’approbation tacite du voisinage qui épie aux fenêtres… Ainsi, la noirceur qui plane sur le film ne prépare en rien la dernière scène, une fin heureuse et ensoleillée qui apparaît en parfait décrochage avec le reste.
Accusant une certaine artificialité, cette ultime pirouette a pour curieux effet d’invalider tout ce qui précède, comme si la déroute conjugale n’avait été qu’un mauvais rêve. Un tel revirement suscite le questionnement : s’agit-il d’un pied de nez, d’une stratégie pour sauver les apparences ou d’un sursaut conservateur ? Quoi qu’il en soit, le spectateur se retrouve comme aux temps des happy ends hollywoodiens : libre d’y croire ou de ne pas y croire, se doutant bien qu’une fin n’a pas toujours le dernier mot.
Télérama :
Avec ce film énigmatique, aux allures de songe éveillé, le réalisateur turc Zeki Demirkubuz joue à nous perdre, à titiller notre imagination. On suit d’abord un jeune homme. Boulanger dans la petite ville de Bouyabat, Riza (Burak Dakak) devait épouser Hicran (Miray Daner), au terme de fiançailles organisées par leurs familles. Mais la jeune fille a pris la fuite. Rongé par cette disparition, Riza part pour Istanbul, où se cache peut-être son ex-promise, afin d’obtenir des réponses.
On tenait déjà une histoire en soi, avec l’évocation des tourments d’un jeune homme tiraillé entre les codes de la Turquie rurale et les aspirations de son âge. Mais Reza, très vite, nous échappe. Ou, plutôt, nous échappent les raisons d’une obsession pouvant reposer aussi bien sur le sentiment amoureux que sur l’orgueil blessé ou le désir de revanche. Au lieu de creuser ce sillon jusqu’au bout, le réalisateur choisit de bifurquer, et s’attache au point de vue de la jeune fille : c’est à la honte, au déshonneur que Hicran semble condamnée, à moins qu’elle accepte, à l’issue de sa cavale, un autre mariage arrangé…
Opacité des héros
Le trouble, ici, repose en grande partie sur l’opacité des héros, les ellipses et les changements de perspective qui transforment la narration en puzzle mental. En misant sur un mélange d’onirisme et de réalisme social, Zeki Demirkubuz multiplie les possibilités, jongle habilement avec le hors-champ et les silences. Il est question des violences faites aux femmes, et d’un patriarcat qui étouffe autant Hicran et les hommes autour d’elle, comme en témoignent d’étonnants personnages secondaires : un proxénète boiteux, incapable de se faire respecter ; un mari mal aimé, qui souffre de sa situation, et livre un monologue déchirant…
Seule certitude, l’émancipation féminine se paye chèrement, et le mariage apparaît comme l’unique horizon. L’amour triomphera-t-il, finalement, ou bien la jeunesse est-elle condamnée à répéter les mêmes schémas que ses aînés ? Pas de réponses claires dans ce jeu de piste, dont l’issue laisse libre cours à toutes les interprétations.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=7p-mzFlyXOc
