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LAS CORRIENTES

ven. 10 avr.

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LE COLISÉE CARCASSONNE

Drame - Argentine - 1h40 (18/03/2026) De Milagros Mumenthaler Avec Isabel Aimé Gonzalez Sola, Esteban Bigliardi

LAS CORRIENTES
LAS CORRIENTES

Heure et lieu

10 avr. 2026, 18:00 – 21 avr. 2026, 20:00

LE COLISÉE CARCASSONNE

À propos de l'événement


HORAIRES

5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :

Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.

Ven 10/04 : 17h40 - Dim 12/04 : 18h45 - Lun 13/04 : 14h

Jeu 16/04 : 16h15 - Mar 21/04 : 20h25 échanges après la séance en présence des ADC.


SYNOPSIS

Lina, 34 ans, est une styliste argentine au sommet de sa carrière. En Suisse pour recevoir un prix prestigieux, elle se jette sans raison apparente dans un fleuve. De retour à Buenos Aires, elle garde le silence sur cet épisode. Pourtant, de façon presque imperceptible, quelque chose en elle a changé. Une peur de l’eau s’installe, insidieuse, et finit par paralyser son quotidien. Peu à peu, ce bouleversement intérieur fait remonter à la surface un passé qu’elle croyait à jamais enfoui.


SECRETS DE TOURNAGE

Troisième long métrage de la Suisse-Argentine Milagros Mumenthaler, sur une créatrice de mode devenue phobique de l’eau

Le film a été en partie tourné à Genève, en Suisse, ce qui n’est pas vraiment un hasard pour la réalisatrice. En effet, c’est dans cette ville que sa famille s’est réfugiée lors de la dictature militaire en Argentine. Aujourd’hui encore, la réalisatrice y revient chaque année.

Las Corrientes a été présenté en avant-première mondiale lors de l’édition 2025 du festival de Toronto avant d’être sélectionné dans de nombreux festivals comme ceux de San Sebastian, Busan, Hambourg ou encore Bangkok.


CRITIQUES

Télérama :

La réalisatrice, née en Argentine en 1977 puis élevée en Suisse par ses parents qui avaient fui la dictature, se promenait à Genève quand elle eut la vision d’une femme se jetant dans le Rhône, en plein hiver. Elle a fait de cette image mentale une scène marquante où Lina, styliste de 34 ans qui vient d’être applaudie lors d’une remise de prix, saute d’un pont et, dans son manteau bleu ciel, se laisse emporter par les courants, avant d’en être sauvée. Rentrée à Buenos Aires, la jeune femme retrouve sa fille, son mari, sa belle-famille de la grande bourgeoisie, son métier, et ne dit rien. Mais elle développe une phobie de l’eau et une sorte d’absence aux autres ou à elle-même…

On est d’emblée séduit par l’étrangeté qui surgit et, tel un fleuve, envahit tout. Comme l’épaisse chevelure de Lina, qu’elle est devenue incapable de laver, occupe tout l’espace d’un plan, auquel elle donne un air de tableau de Magritte. Dans cet univers savamment posé, où la manière de filmer est aussi réfléchie que la bande-son, l’évidence d’une tendance suicidaire n’empêche pas un beau mystère. Sous sa radicalité formelle, le film se révèle pourtant classique et sème peu à peu les indices d’une névrose liée à la mère et au rapport que celle-ci entretient avec la nourriture. Tout en cultivant l’audace comme sa compatriote Lucrecia Martel, qui avait signé sur un thème semblable l’impressionnant La Femme sans tête (2008), Milagros Mumenthaler reste plus sage.

Ce qui fait sa force, c’est son raffinement artistique. Inspirée par un livre de Siri Hustvedt, La Femme qui tremble. Une histoire de mes nerfs, la cinéaste convoque aussi Virginia Woolf dans une scène où un phare fait écho au roman Mrs Dalloway. Au détour d’une visite presque onirique dans un musée des Beaux-Arts, elle met judicieusement en lumière une eau-forte de Goya intitulée Personne ne se connaît. Ses choix musicaux sont fructueux aussi, qu’il s’agisse du piano cascadant de l’Improvisation de Francis Poulenc ou du lyrisme de la suite orchestrale Les Planètes, de Gustav Holst. Avec le monde de la mode en toile de fond, une délicatesse superbement féminine devient la matière vive de Las corrientes. Elle trouve en l’interprète principale, Isabel Aimé Gonzalez Sola, une incarnation idéale.

Le Monde :

Un beau personnage de cinéma, ce n’est pas toujours celui qui nous accompagne, mais parfois, aussi, celui qui nous résiste, nous échappe. C’est autour d’une telle figure insaisissable que tourne Las Corrientes, dont le beau titre – « Les Courants » – dit bien à quel point il est traversé de forces contraires et de flux invisibles. Il s’agit du troisième film en quinze ans de Milagros Mumenthaler, cinéaste plutôt rare, née en 1977, d’origines suisse et argentine, et dont le premier long-métrage, Trois sœurs , avait reçu le Léopard d’or à Locarno en 2011. Ce nouveau film aborde une figure féminine, non pour en dresser le portrait psychologique, mais pour en creuser l’énigme.

Lina (Isabel Aimé Gonzalez Sola), jeune styliste réputée, est venue recevoir un prix en Suisse. Au cours de la cérémonie, l’élégante femme de 34 ans s’éclipse, erre un temps dans les rues de Genève, avant de franchir un pont et, soudainement, se jeter dans les eaux tourbillonnantes du Rhône. D’emblée, l’ouverture fascine : la sortie de piste du personnage est mise en scène sans parole, comme une dérive muette, une trajectoire opaque à elle-même. Tentative de suicide ou folie passagère ? Voilà en tout cas une héroïne qui naît sous le signe de l’interrogation.

Brouillard existentiel

Le film commence alors pour de bon, cette fois à Buenos Aires. Lina revient de son voyage, retrouve son grand appartement, son mari, Pedro (Esteban Bigliardi), sa fille, Sofia (Emma Fayo Duarte), son assistante, Julia (Ernestina Gatti), sans rien dire à quiconque de son coup de folie. Mais quelque chose en elle s’est déplacé. La styliste flotte dans une semi-conscience cotonneuse, où le monde lui parvenait avec un temps de retard. Désormais, elle redoute tout contact avec l’eau. L’immersion dans le fleuve semble avoir ouvert une brèche. Comme si quelque chose en elle fuyait, persistait à se dérober, une conscience devenue liquide qui déborde sa propre individualité.

De la plongée inaugurale Las Corrientes ne cherchera jamais à remonter aux causes, mais à en poursuivre, à l’inverse, l’onde de choc. Loin de n’offrir qu’un récit de crise ou qu’un tableau dépressif, la beauté du film est d’investir le trouble par les moyens de la mise en scène, sans le verbaliser. Dès le premier plan, on découvre Lina au sommet d’un immeuble moderne, derrière une vitre, le visage brouillé par le jeu des reflets, confondu avec l’horizon. Une fois celle-ci revenue à Buenos Aires, c’est tout un jeu de décadrages qui contribue à isoler sa présence au sein du plan. De même, la bande-son, travaillant le contrepoint, fait résonner autour d’elle un concert de sonorités intrusives ou obsédantes (jeu vidéo, marteau-piqueur, un joueur de percussions), rehaussé en contrepoint musical par la note interrogative d’un hautbois ou d’une clarinette.

Ainsi Las Corrientes baigne-t-il dans une sorte de sphère sensitive ou de brouillard existentiel. Le procédé rappelle la manière dont un certain cinéma latino-américain exprime le malaise de classe par un brouillage mental – exemplairement La femme sans tête (2008), de Lucrecia Martel. Ici, ce sont son milieu familial, bourgeois, et son cercle professionnel, branché, que la déroute de Lina remet en cause. Plus d’une fois, elle fait défection, se détournant aussi bien d’un tournage d’un spot publicitaire que d’un gala huppé impliquant sa belle-famille. A la place, elle emprunte des chemins latéraux, qui l’amènent en des lieux inattendus (par exemple, auprès d’une couturière qui assemble ses créations).

Au fil de ses dérives, quelque chose remonte à la surface qui pourrait bien être le sujet du film : une angoisse diffuse liée au motif de l’hérédité comme des origines sociales. Comme le dit perfidement sa belle-mère, Lina est une « pièce rapportée » : une femme transplantée dans la prison de verre d’un monde rupin dont elle n’est pas issue. De même, le vrai prénom de Lina, « Catalina », ne sera prononcé qu’à mi-parcours, par une vieille amie coiffeuse, indiquant là encore une multiplicité du personnage.

Le rêve contamine la réalité

Sans jamais franchir le pas du fantastique, Mumenthaler n’en parsème pas moins le film de signes pointant vers le merveilleux. Sortie des eaux, Lina arbore une cape de survie scintillante, qui lui donne des airs d’aventurière. Lorsqu’elle est allongée sur le canapé, sa chevelure décrit comme une cascade dont la caméra s’approche doucement, filant la métaphore aqueuse. Et puis, il y a le clignotement coloré de ses tenues successives, elles aussi toutes des nuances d’eau : manteau bleu, bandeau mauve, robe verte, etc.

Dans la peau de Lina, l’actrice Isabel Aimé Gonzalez Sola, à la beauté somnambulique, joue merveilleusement d’états comateux ou de moments d’absence. L’état de rêve contamine indistinctement la réalité, que Lina plonge dans un sommeil artificiel (pour que sa coiffeuse lui lave les cheveux) ou qu’elle chausse un casque de réalité virtuelle. Dans la plus belle scène du film, égarée au sommet du Palacio Barolo de Buenos Aires, immeuble coiffé d’un phare, la styliste tombe dans un état second. Avec la rotation du faisceau, c’est alors sa conscience qui se promène aux quatre coins de la ville, se greffant sur les vies parallèles des personnages secondaires. Nouvelle fuite dans la vie des autres, au son romanesque des Planètes, le poème symphonique de Gustav Holst.

A ce stade, Las Corrientes hésite encore entre la fugue atonale et la symphonie cosmique. Une référence en cours de route vient rebattre les cartes. Lors d’une visite au musée, la caméra s’arrête sur une gravure de Goya, une scène de masque, intitulée Nul ne se connaît soi-même. A Genève, une étape avait précédé la chute de Lina : la découverte, dans une vitrine, d’une broderie aux figures diaphanes, sans visage. Peut-être faut-il saisir là une certaine définition du personnage. Le sujet moderne, c’est celui qui s’ignore, s’efface, tend vers l’indistinct. Comme pour laisser entrer en lui la conscience des autres et du monde.

Cahiers du Cinéma :

Plutôt que de chercher à expliciter les causes de l’acte de l’héroïne, Las corrientes en scrute les conséquences, en installant une atmosphère mi-envoûtante, mi-inquiétante à partir de la matérialité des éléments.

Liberation :

L’on connaît assez peu Lina – tout juste son reflet flouté dans une vitre, ses déambulations dans Genève où elle vient de recevoir un prix – lorsqu’elle décide de se flanquer dans le Rhône. Elle en réchappe, rentre à l’hôtel empaquetée comme un bonbon dans une couverture de survie, et Las Corrientes, troisième long métrage de la Suisse-Argentine Milagros Mumenthaler, emprunte dès lors les traits d’une enquête : pourquoi a-t-elle fait cela, de quoi souffre-t-elle ? Le film la suit qui rentre chez elle à Buenos Aires, où l’attendent son adorable petite fille, son mari successful et sa belle-mère envahissante, et où Lina, incarnée avec une moue obtuse par Isabel Aimé Gonzalez-Sola, développe une phobie de l’eau, déambule comme une zombie, absente à elle-même comme aux autres, saisie de manière ultra maîtrisée en une succession de gros plans pleins de mystère mat et abrupt.

Le genre de la femme à qui tout semble sourire mais qui étouffe est vieux comme le cinéma, ou la littérature (allez, comme le patriarcat) et l’on pense tour à tour à l’Eveil de Kate Chopin (1899) ou à la Femme sans tête de Lucrecia Martel (2008) en tentant de décortiquer les motifs (sociaux, psychologiques) se déployant sous le mal-être de Lina, qui n’arrive pas a recoller les bouts éparpillés d’elle-même. Mais nous sommes en 2026, cette femme agit et travaille, en tout cas plus que ses ancêtres, elle est une créatrice de mode reconnue, et Las Corrientes ne s’affiche ni entièrement en critique sociale (même si le milieu gratiné où Lina évolue, entre gala de charité et clientèle huppée, n’est pas celui d’où elle vient) ni en étude psychologique (même si le surgissement tardif d’une mère phobique vient apporter des bribes de réponse). Non, le film avance, comme Lina, un peu à tâtons, mutique, tout en surface, frôlant le délire, fascinant dans son opacité jusqu’au risque de manquer d’urgence ou de nécessité. Ce n’est pas tant qu’on attendrait

des réponses, forcément décevantes, que de sortir d’une claustrophobie un brin creuse à la longue. La brèche lumineuse s’ouvrant comme par magie aux deux tiers du film, laissant s’engouffrer la ville et ses habitants dans une longue rêverie au sommet du Palacio Barolo, vient extremis les sauver, le film et son personnage, et ébaucher une piste merveilleuse où l’on aurait aimé qu’ils s’engouffrent encore plus profondément.


Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=Nj0F9Snysow



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