LES FLEURS DU MANGUIER
jeu. 21 mai
|LE COLISÉE CARCASSONNE
Drame - Japon, Malaisie - 1h39 (22/04/2026) De Akio Fujimoto Avec Muhammad Shofik Rias Uddin, Shomira Rias Uddin Titre original Harà Watan


Heure et lieu
21 mai 2026, 16:00 – 01 juin 2026, 14:00
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
HORAIRES
5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :
Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.
Jeu 21/05 : 16h20 - Mar 26/05 : 20h45 échanges après la séance en présence des ADC.
Ven 29/05 : 18h40 - Dim 31/05 : 18h45 - Lun 1/06 : 13h45
SYNOPSIS
Dans l’espoir de retrouver leur famille dispersée, Shafi, 4 ans, et sa sœur Somira, 9 ans, quittent un camp Rohingyas du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie. Guidés par leur regard d’enfant, ils entreprennent une traversée périlleuse.
SECRETS DE TOURNAGE
Il s’agit du troisième long-métrage du réalisateur japonais Akio Fujimoto après Boku no kaero basho (2017) et Along the Sea (2020), restés inédits en France. Les Fleurs du manguier est donc le premier film du réalisateur à sortir dans l’Hexagone.
Le filma été présenté en avant-première mondiale lors de l’édition 2025 de la Mostra de Venise où le film a reçu le prix spécial du jury Orizzonti. Par la suite, il a également été sélectionné dans un grand nombre de festivals internationaux parmi lesquels ceux de Bangkok, Tokyo, Singapour ou encore Bari.
Avant ce film, Muhammad Shofik Rias Uddin et Shomira Rias Uddin, qui incarnent les deux rôles principaux (Shafi et Somira), n’avaient jamais fait de cinéma. Comme dans le film, ils sont tous les deux frère et sœur dans la vie.
CRITIQUES
Télérama :
Les pressions internationales n’y ont pas fait grand-chose : les Rohingyas, une minorité musulmane du Myanmar (l’ancienne Birmanie), privés de citoyenneté depuis 1982, continuent d’être discriminés dans ce pays d’Asie du Sud-est à la population majoritairement bouddhiste. L’été 2017, la persécution a viré au nettoyage ethnique et forcé sept cent cinquante mille Rohingyas à l’exil pour fuir les viols et les massacres perpétrés par l’armée.
Travaillant au Myanmar depuis douze ans, le cinéaste japonais Akio Fujimoto a été sensibilisé au sort tragique, et longtemps tabou, du peuple rohingya. Il lui rend un hommage d’une vibrante empathie dans une fiction très documentée. Les Fleurs du manguier débute dans un camp de réfugiés surpeuplé au Bangladesh, où Shafi, 4 ans, sa sœur Somira, 9 ans, et leur mère préparent leur départ clandestin en bateau pour une vie qu’ils espèrent meilleure. Objectif : la Malaisie, où s’est déjà exilée une partie de leur famille. Un pays dont la religion officielle est l’islam, mais où ils ne sont pas forcément les bienvenus.
Rayons de soleil dans l’obscurité
Traversée maritime périlleuse sur un navire surpeuplé, violence cynique des passeurs, longues marches erratiques dans la forêt, traque féroce des policiers… C’est peu dire que le réalisateur ne ménage pas ses spectateurs. Sur le fond comme sur la forme : une bonne partie des scènes nocturnes, éclairées à la seule lueur fragile de lampes de poche, sont difficilement lisibles. Mais cette âpreté narrative et esthétique a le mérite de préserver le film du pathos.
La force des Fleurs du manguier, sa beauté malgré tout tiennent à son point de vue inlassablement fixé à hauteur d’enfants. Le regard distancié de Shafi et Somira sur des événements dont ils ne comprennent pas toutes les implications permet, sans adoucir les horreurs traversées ni tomber dans le cliché de l’innocence perdue, d’éviter, au sortir de la projection, d’avoir un moral totalement plombé. Le refuge dans les jeux que les deux petits parviennent à préserver, la complicité entre leurs deux formidables jeunes comédiens — frère et sœur dans la vie — sont comme des rayons de soleil dans l’obscurité. Et la mise en scène parvient à transcender son naturalisme par une envolée presque fantastique dans une bouleversante séquence finale.
Libération :
Le film s’ouvre et se referme avec lui. Au début, dans un abri de toile et de bambous, Shafi, 4 ans, court, se cache, joue et s’amuse avec Somira, sa sœur aînée de 9 ans. A la fin, il est accroupi, seul et caché sous une serviette jaune, au pied d’un arbre immense, dans la nuit urbaine de Kuala Lumpur en Malaisie. Entre ces deux moments, 28 jours d’un périlleux périple. Un exode sans retour sur la mer d’Andaman, dans la touffeur de la jungle thaïlandaise et sur les trottoirs de la capitale malaisienne.
Shafi est un enfant rohingya brinquebalé sur les routes de l’exil. Il appartient à cette communauté musulmane apatride, considérée comme l’une des plus persécutées au monde depuis au moins deux générations. Victimes d’un apartheid depuis les années 1980, potentiellement d'un génocide depuis la dernière vague de massacres et de nettoyage ethnique lancée par la junte birmane à la fin de l’été 2017, ces Rohingyas ont fui en masse l’Etat Rakhine dans l’ouest birman pour gagner des camps surpeuplés de réfugiés au Bangladesh voisin.
Damnés de la mer :
Le film démarre dans l’un de ces campements. A la nuit tombée, les deux enfants orphelins, leur tante et d’autres proches s’échappent et prennent la route en camion, puis rejoignent un canot et un rafiot. L’oncle les attend à Kuala Lumpur, dans l’ombre d’un grand arbre. Fouille au corps, téléphone confisqué, ils n’ont droit de garder pour bagage qu’un seul sac en plastique qui renferme toute leur vie.
Ainsi commence ce long voyage pour ces damnés de la mer soumis dès le départ aux tensions, aux privations, à l’extorsion. Ce voyage en mer est long, éprouvant, risqué, coûteux. Ils empruntent une route maritime où, depuis dix ans, les naufrages et les crises humanitaires ont coûté la vie à des milliers de personnes. C’était à nouveau le cas mi-avril, quand un bateau de réfugiés rohingyas parti du Bangladesh a chaviré, avec 250 personnes à bord. Avec les Fleurs du manguier, Akio Fujimoto livre une fiction hybride qui emprunte beaucoup aux codes bruts et réalistes du documentaire. Ce réalisateur japonais qui suit les communautés et les parcours migratoires en Asie du Sud-Est depuis une dizaine d’années a embarqué sa caméra sur le pont du bateau, dans le sillage des réfugiés lancés sur des pistes dans la forêt dense du sud thaïlandais. Avec sobriété, il filme à l’épaule, en intimité et en immersion auprès de ses personnages – tous non professionnels –, souvent à hauteur de ce duo d’enfants complices. Tout en s’autorisant quelques échappées contemplatives.
De là, naît un décalage intéressant entre l’insouciance de jeux d’enfants et la condition parfois sordide et violente de ces humains, souvent la proie de réseaux mafieux voire islamistes sur ses routes migratoires. En se concentrant sur le sort de ces deux orphelins, Fujimoto raconte et documente les étapes et le calvaire de toute la communauté rohingyas. En évitant le double écueil de la noirceur sans fond et de la sensiblerie mièvre, il éclaire le thème de la solidarité communautaire. Et filme des enfants, certes esseulés, mais mus par une quasi-injonction à la survie, à la poursuite d’un chemin sans retour.
Le Monde :
Les Fleurs du manguier est le premier long-métrage de fiction en langue rohingya, interprété presque exclusivement par des Rohingya. Présenté en septembre 2025 dans la section Orizzonti du Festival de Venise, le troisième film du Japonais Akio Fujimoto est reparti avec le Prix spécial du jury. Après avoir donné corps à différents destins d’immigrés au Japon – une famille birmane dans Passage of Life (2017) et de jeunes Vietnamiennes clandestines dans Along the Sea (2020), tous deux inédits en France –, le réalisateur s’est intéressé au sort de cette minorité musulmane à la suite d’années de travail de terrain en Birmanie qui l’ont sensibilisé à leur tragédie.
Rendus apatrides depuis la promulgation d’une loi birmane de 1982 restrictive en matière de nationalité, les Rohingya ont été poussés à l’exil pour fuir les discriminations et les persécutions de la majorité bouddhiste. Des centaines de milliers d’entre eux ont trouvé asile dans des camps de réfugiés au Bangladesh voisin. C’est là que s’ouvre Les Fleurs du manguier, auprès de deux jeunes enfants, Somira (Shomira Rias Uddin), 9 ans, et son petit frère, Shafi (Muhammad Shofik Rias Uddin), âgé de 4 ans, qui jouent à cache-cache et à 1, 2, 3, soleil sous une grande hutte avant d’être priés de ranger leurs affaires. Ils s’apprêtent à embarquer pour un voyage afin de retrouver leur famille installée quelque part au loin auprès d’un manguier.
Dès lors, Les Fleurs du manguier fait le récit de ce long et périlleux périple à travers mer et terre vers une destination qui nous est d’abord inconnue. Raconté à hauteur d’enfants, au fil des jours qui s’égrènent à l’écran, le film dispense ses informations au compte-gouttes, nous plongeant dans le même sentiment de déboussolement que ses protagonistes. Le récit tout comme la mise en scène, qui, avec son côté caméra embarquée, appuie cette esthétique prise sur le vif. Celle-ci met le spectateur en état constant de vigilance, chaque rencontre pouvant être aussi bien une aide qu’une menace. L’obscurité dans laquelle baigne une partie du film accroît ce sentiment de danger que rend encore plus palpable la multiplication de rebondissements imprévisibles.
Instincts premiers
Cette capacité d’immersion est à la fois la force et la limite d’un film toujours collé à ses personnages. Akio Fujimoto arrive parfaitement à retranscrire toutes les épreuves auxquelles font face les deux enfants très vite livrés à eux-mêmes, et ce qui les traverse au gré des rencontres. On ressent leur fatigue, leur peur, la faim, la lassitude. Le film nous ramène sans cesse à leurs instincts premiers, eux qui sont dépassés par ce qui leur arrive dans une alternance incessante de moments de forte tension et de répit bienvenu. Les Fleurs du manguier n’édulcore rien de la violence de ces chemins de migration aux mains de passeurs véreux prêts à tout pour extorquer un peu plus d’argent, ni des dangers de ce statut de clandestin en proie à la répression.
S’il prend peu à peu des airs de cauchemar éveillé, hanté par la douleur du vécu de tout un peuple et par la mort qui rôde, le film ne veut pas céder au désespoir que la situation appelle pourtant. La relation pleine de tendresse qui unit Somira et Shafi apporte un peu d’apaisement en préservant quelque chose de la douceur de l’enfance. Malgré tout, la sœur et le frère doivent faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et de prudence pour assurer leur survie.
L’entraide qui les unit n’est pas unique. Akio Fujimoto interroge à travers le sort des Rohingya et l’extrême précarité de leur existence ce qu’il reste de notre humanité. Et le constat est partagé. Si le monde extérieur leur est profondément hostile subsistent entre eux des formes de solidarité fortes nées du partage de ce destin brisé, qui dépassent de loin les seuls liens du sang. Cet éloge de la bienveillance ouvre une première brèche de lumière dans l’obscurité. Aux flammes de la destruction qui hantent les personnages répondent les rêves tenaces de lendemains meilleurs auxquels ceux-ci n’ont de cesse de s’accrocher pour pouvoir continuer coûte que coûte à avancer.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=xrJnzXDMWSY
