RUE MALAGA
ven. 13 mars
|LE COLISÉE CARCASSONNE
Comédie dramatique - Fr, Espagne - 1h56 (25/02/2026) De Maryam Touzani Avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane Titre original Calle Málaga


Heure et lieu
13 mars 2026, 18:00 – 24 mars 2026, 20:00
LE COLISÉE CARCASSONNE
À propos de l'événement
HORAIRES
5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :
Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.
Ven 13/03 : 18h20 - Dim 15/03 : 18h15 - Lun 16/03 : 14h
Jeu 19/03 : 16h - Mar 24/03: 20h échanges après la séance en présence des ADC.
SYNOPSIS
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l'a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d'une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.
CRITIQUES
Le Monde :
De retour du marché, une vieille femme cuisine au son de Toda una vida interprétée par Maria Dolores Pradera. Une ritournelle nostalgique, comme à l’heure du bilan d’une longue existence. Veuve, ayant vécu toute sa vie à Tanger, au sein de la communauté espagnole exilée au Maroc, Maria Angeles (Carmen Maura), 79 ans, voit tout ce qu’elle a construit s’effondrer quand sa fille, Clara (Marta Etura), en plein divorce, lui annonce qu’elle va vendre l’appartement où vit sa mère. A quoi vont maintenant ressembler les années qu’il reste à vivre à la presque octogénaire ? Une place lui est réservée à l’hospice des anciens Espagnols de Tanger, mais Maria Angeles ne peut se résoudre à y rester. Elle retourne en cachette chez elle, en attendant la vente.
A l’image du beau A feu doux, de Sarah Friedland, sorti à l’été 2025, le cinéma offre de plus en plus de représentations riches de femmes du grand âge, accompagnant en cela les évolutions de la société. Pour Rue Malaga, son troisième long-métrage après Adam (2020) et Le Bleu du Caftan (2023), la réalisatrice marocaine Maryam Touzani s’est inspirée de sa propre mère, tout juste décédée, et de sa grand-mère pour écrire ce portrait plein de tendresse et d’humanité. La grande Carmen Maura, ancienne égérie de la période la plus loufoque du cinéma de Pedro Almodovar, apporte beaucoup de chaleur et de vitalité à son personnage. Avec ses tenues fleuries privilégiant les couleurs vives et son espièglerie, celui-ci est ancré avec allégresse du côté de la vie.
Rue Malaga avance un pied tourné vers le passé, un autre dans le présent. Avec sa mise en scène d’une grande sobriété, où la lumière retranscrit la chaleur qui se dégage des intérieurs, Maryam Touzani saisit toute l’attention portée aux objets qui ont accompagné une vie, allant jusqu’à placer certains de ses effets personnels dans le film. La réalisatrice évoque autant l’attachement aux lieux qu’à ces amis devenus si familiers, à travers la belle complicité qui lie Maria Angeles à Josefa (Maria Alfonsa Rosso), retirée dans un couvent.
Si, vers 80 ans, la mort rôde partout, Maryam Touzani rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour profiter des plaisirs de l’existence. Sa caméra colle au plus près des visages et des corps, beaux de toutes les traces du temps, offrant quelques scènes d’une douce sensualité. Les liens que Maria Angeles noue autour d’elle lui offrent un supplément de vie, aiguisant son appétit. Rue Malaga livre peut-être là la recette pour éloigner le plus possible la noirceur de la nuit.
Télérama :
Après Le Bleu du Caftan, la Marocaine Maryam Touzani revient avec une emballante tragi-comédie en forme d’hommage à sa ville natale, Tanger, et à sa grand-mère andalouse, à laquelle est dédié le film. C’est dans la « ville blanche », cité cosmopolite où est implantée, depuis les années 1930, une importante communauté espagnole, que vit depuis toujours Maria Angeles (Carmen Maura). À 79 ans, elle y coule des jours heureux, du moins jusqu’à l’arrivée de sa fille Clara. Aux abois financièrement, la jeune femme veut vendre l’appartement de sa mère, et lui propose d’aller habiter avec elle à Madrid. Arracher Maria Angeles à cette maison emplie de souvenirs et au cimetière tout proche où sont enterrés ses morts ? La décision, brutale, revient à lui enlever la vie. Après avoir misérablement végété quelques jours à l’Ehpad local, elle se révolte. En catimini, elle regagne l’appartement en vente, y improvise un resto clandestin les jours de matchs de foot, et rachète peu à peu ses meubles. C’est ainsi qu’elle rencontre un vieil antiquaire. Un « connard », juge trop vite Maria Angeles, avant de comprendre qu’il pourrait bien être la version senior du prince charmant…
Sensualité des corps matures :
La ville en elle-même est un personnage : Maryam Touzani met en scène une rue Málaga populeuse, colorée et merveilleuse, une vie de quartier faite d’entraide générationnelle, de système D. L’automne de la vie est ici abordé comme une joyeuse réinvention, presque un geste punk : Maria Angeles choisit de vivre sans filets, à un âge souvent sacrifié où les aînés font figure d’encombrants paquetages, et où les enfants décident pour eux. À sa fille, débordée et aigrie, qui semble avoir désinvesti la ville où elle a grandi et oublié d’où elle vient, Maria Angeles oppose son audace et la force vitale de son enracinement. Chose rare : la réalisation, solaire, magnifie les amours tardives, montre la sensualité des corps matures, la joie du désir retrouvé. Carmen Maura y est resplendissante et espiègle — hilarantes scènes où elle raconte ses aventures sexuelles à sa meilleure copine, une religieuse ayant fait vœu de silence, réduite à lancer des regards effarés, et à se signer devant la débauche de détails grivois qui font saigner ses chastes oreilles.
Libération :
Après Le Bleu du Caftan qui a glané une dizaine de prix dans les festivals internationaux, récit se déroulant dans la ville de Salé au Maroc et évoquant l’homosexualité dissimulée du personnage principal, Maryam Touzani poursuit avec Rue Málaga un cinéma formellement très sage et rassembleur, néanmoins porté par une énergie nettement anticonformiste. Rue Málaga se déroule dans sa ville natale, Tanger (que pour des raisons de production elle a rendu hispanophone, ce qui est un peu bizarre mais passons…), pour y dépeindre la vie bousculée de Maria Angeles, retraitée vivant seule mais bien entourée par la chaleur de son quartier. Sa fille déboule de Madrid avec un criant besoin d’argent rapide et met en vente l’appartement de sa mère, qu’elle finit par accompagner dans un Ehpad. Maria Angeles s’évade et se réinstalle chez elle, contrainte de se cacher pendant les visites de l’appartement.
En ayant convaincu Carmen Maura, 80 ans, figure du cinéma de Pedro Almodóvar, de tenir le premier rôle, Maryam Touzani s’est assuré un capital sympathie immédiat mais surtout, elle embarque une comédienne qui a suffisamment de talent pour être à la fois la bonne grand-mère s’activant à préparer des tortillas et la mère affranchie qui retombe amoureuse sur le tard, tout à fait à l’aise de venir raconter à sa sœur nonne sa redécouverte de l’orgasme.
Les ingrédients du "feel good movie" sont rassemblés pour permettre à la fiction de passer outre toutes les questions sur la vraisemblance ou le réalisme de ce que l’on nous montre mais Maryam Touzani essaie justement de retrouver la verve des comédies d’encouragement qui fondent leurs ressorts sur la capacité des individus à ne pas obtempérer à la fatalité du malheur ou du déclin dont la norme, la bienséance ou on ne sait quelle loi naturelle les gratifie. On imagine que le plan où Carmen Maura et son amant interprété par le réalisateur et acteur Ahmed Boulane (un jeune homme de 69 ans) sont filmés serrés l’un contre l’autre, entièrement nus, est de ceux qu’une production un tant soit peu tatillonne juge inutilement risqué ou de nature à effaroucher les bonnes âmes. On est aussi reconnaissant au film et à son autrice (qui cosigne le scénario avec son mari Nabil Avouch, lui-même cinéaste) de ne pas transiger sur ce genre de détail.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=x7K1CPN4WYk
