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SALVATION

ven. 25 sept.

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LE COLISÉE CARCASSONNE

Drame - Turquie - 2h (2/09/2026) De Emin Alper Avec Caner Cindoruk, Berkay Ateş, Feyyaz Duman Titre original Kurtuluş

SALVATION
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Heure et lieu

25 sept. 2026, 18:00 – 06 oct. 2026, 20:00

LE COLISÉE CARCASSONNE

À propos de l'événement

HORAIRES

4 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :

Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.

Ven 25/09 : 18h - Lun 28/09 : 14h.

Jeu 1/10 : 16h - Mar 6/10 : 20h. 


SYNOPSIS

Interdit - 12 ans

Deux villages turcs, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine.

Quand les habitants du bas, exilés, décident de revenir sur leurs terres, des conflits ancestraux ressurgissent avec ceux du haut.

Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés.


SECRETS DE TOURNAGE

Pour élaborer le scénario de Salvation, le réalisateur Emin Alper s'est inspiré d'un drame survenu en 2009 dans un village kurde du sud-est de la Turquie. Lors d'une cérémonie de mariage, un groupe de gardiens de village y avait massacré quarante-quatre personnes. Le cinéaste ne souhaitait pas faire une reconstitution exacte, mais s'en servir comme point de départ pour étudier les comportements humains :

« Je voulais simplement prendre cet événement comme point de départ et construire une sorte de laboratoire psychologique dans lequel je pourrais observer comment la peur, la paranoïa et les luttes de pouvoir peuvent conduire une petite communauté au bord de la folie. »

Le tournage s'est déroulé dans le sud-est de la Turquie, entre les régions de Batman et de Mardin. Si le réalisateur a déniché un vieux village de pierre perché sur une colline à Batman, il manquait un élément fondamental au récit : un village voisin situé en contrebas dans la plaine. L'équipe de production a résolu le problème en filmant un second village près de Mardin, puis en le déplaçant numériquement à l'écran pour l'intégrer au paysage de la plaine.

La géographie des lieux de tournage a directement influencé l'écriture du script. La maison du personnage de Mesut, dénichée par l'équipe, était en effet une demeure singulière bordée d'escaliers labyrinthiques. Séduit par l'architecture du lieu, le metteur en scène a décidé de modifier et de réécrire plusieurs séquences sur place afin de tirer pleinement parti du décor et de l'atmosphère unique qu'il offrait aux scènes.


CRITIQUES

L'Obs

 par Nicolas Schaller

Le film, ours d’argent au Festival de Berlin cette année, charrie son lot d’échos actuels et sa mécanique, consistant à rendre de plus en plus poreuse la frontière entre le réel et les fantasmes du chef de clan, interpelle. Elle est malheureusement grippée par une mise en scène en surplomb, redondante, à la fois elliptique et appuyée, qui crée moins de trouble que de confusion.

Télérama:

Même si sa filmographie n’est pas encore aussi reconnue que celle de son grand aîné Nuri Bilge Ceylan, le Turc Emin Alper s’est imposé dès son premier long métrage, Derrière la colline (2012), comme un cinéaste majeur explorant les mécanismes de peur et de ressentiment dans de petites communautés promptes à se construire un ennemi. Salvation, Ours d’argent au dernier festival de Berlin, creuse ce sillon de manière impitoyable, avec, comme toujours chez Alper, une mise en scène qui se nourrit à la veine du cinéma de genre.

Le décor pourrait être celui d’un western : deux villages turcs ennemis, celui d’en haut, tout de sécheresse et de pierres, et celui d’en bas, avec ses champs dans la plaine. Entre les deux, un passif ancestral : il y a longtemps, ceux d’en bas, le clan des Bezari, tourné vers le commerce, se seraient approprié les terres fertiles, réduisant les Hazeran, ceux d’en haut à la servitude.

Exilés à cause de la guerre, laissant les champs libres aux mains du clan montagnard, les Bezari sont maintenant de retour, et la population de la montagne refuse d’entendre le message de voisinage pacifique de leur propre cheikh, érudit, donc… suspect. Surtout, il y a le frère aîné de celui-ci, Mesut (Caner Cindoruk et sa puissance de jeu folle), frustré de ne pas être cheikh à la place du cheikh, qui commence à faire d’étranges cauchemars au sujet de sa femme enceinte et à sombrer dans la superstition. C’est le début, à force de « rêves communs » de violence et de vengeance, d’une logique infernale vers un massacre…

Soupçons, paranoïa et jeux de massacre

Comment de vieilles histoires ressassées dans la bile, une progression tragique de rumeurs et la construction fantasmagorique d’un ennemi à éliminer mènent à l’horreur : c’est ce que tisse, méthodiquement, le réalisateur, dans une atmosphère à la lisière du fantastique où tous les signes — la gémellité comme œuvre du diable, un enfant somnambule considéré comme un « messager » — enflamment la paranoïa et où un illuminé finit par être choisi comme guide, plus guerrier que spirituel.

La maison de Mesut, traversée d’escaliers labyrinthiques, devient une métaphore de son cerveau de plus en plus obscurci par sa mission surnaturelle, pendant que chaque artère du hameau en pente se gorge de mystères malveillants et que les lumières du village d’en bas lui donnent presque l’apparence d’un vaisseau de science-fiction. Certes, ce sont deux villages kurdes dans des paysages anatoliens filmés comme chez Sergio Leone, et où l’armée turque veille, toujours en quête de « terroristes ». Mais la portée de Salvation est universelle tant le film met en lumière chaque ressort psychologique, individuel et collectif de la « nécessité » d’une élimination physique du bouc émissaire.

Dans Derrière la colline, un grand-père élisait des « nomades » invisibles comme source de tous les problèmes. Dans Burning Days (2022), un jeune procureur comprenait à quel point, dans une bourgade corrompue, l’expression « il y a un nouveau shérif en ville » était inopérante — le film s’achevait par l’une des séquences les plus fortes du cinéma contemporain sur un lynchage populaire. Ici, les conséquences sont plus horrifiques encore. Et difficile d’oublier le regard d’une enfant qui désigne le mal, celui qui naît de toutes les haines, fantasmées et territoriales, de l’Autre.

Libération :

Dans les années 80, au plus fort du conflit entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), des milliers de civils des régions montagneuses du sud-est kurde de Turquie ont été armés par les militaires et les forces spéciales pour servir d’auxiliaires et participer directement à des opérations. Par la suite, ces milices dites «gardes de village» ont conservé leur statut paramilitaire pour seconder la police dans le maintien de l’ordre des villages à majorité kurde. Salvation, qui se déroule dans les années 2000 – comme le drame réel qui l’a inspiré –, débute par le retour à Haut-Pingan de Mesut, garde de village tourmenté et membre du clan des Hazeran, et à Bas-Pingan, plus en aval dans la vallée, des membres du clan rival des Bezari. Ces derniers n’auraient pas suffisamment participé à la guerre contre le «terrorisme», s’accordent les Hazeran ; aussi leur retour et leur revendication à recouvrer leurs terres, dont certaines cultivées par les Hazeran, attisent les tensions.

Adoptant exclusivement le point de vue de ceux du «haut» village, Emin Alper tisse à partir de cette matière historique complexe – dont il assure qu’il n’est pas nécessaire de la connaître pour percevoir le fond de son film – une manière de fable politique mécanique et désespérée, presque sous cloche. L’isolement géographique et l’étonnante topographie du village en boyaux de pierre entortillés offrent les conditions idéales du huis clos dont l’issue est pour ainsi dire annoncée dès le générique par un magnifique travelling sur nappe vrombissante du compositeur néerlandais Christiaan Verbeek.

Cerveau malade

Ce qui n’empêche pas d’admirer la virtuosité de la mise en œuvre, oscillant sans cesse entre l’effet de réel et le rêve halluciné, et surtout l’étonnant à-propos politique au fur et à mesure que le récit révèle le détail de son mécanisme, et que Mesut glisse dans la folie – ressassant les vieilles superstitions sur les jumeaux monozygotes (sa femme est enceinte) dont l’un des deux serait l’enfant du diable, si bien que l’on confond Abel et Caïn, le bien et le mal, et inversement…

Ce village d’oppresseurs terrifiés de devenir opprimés est comme un cerveau malade que l’on regarde doucement dérailler. De fait – et même si Emin Alper se défend d’une lecture univoque de sa parabole –, Salvation se révèle pour de bon à l’heure où son protagoniste ayant arraché l’autorité religieuse au cheikh en place devient chef de guerre génocidaire. «Pour vos enfants, que ne feriez-vous pas ?» assène-t-il avant de lancer l’attaque. C’est un film sur Israël anéantissant Gaza.

Le Monde :

C’est un petit théâtre surnaturel que nous donne à voir le cinéaste turc Emin Alper, né en 1974, dans Salvation (titre original, Kurtulus), Grand Prix du jury à la Berlinale : deux clans ennemis, deux villages, l’un perché sur la colline, l’autre situé en contrebas, ne tardent pas à s’affronter, sur fond de terres convoitées et de jalousies tenaces. Dans ce Mille et Une Nuits de la guerre, où un flot de paroles intimes se mêle aux palabres politiques, le réalisateur nous captive dans le huis clos d’une communauté rattrapée par la soif de vengeance.

Le film est, de manière lointaine, inspiré d’un massacre survenu en 2009 : dans un village kurde du sud-est de la Turquie, des gardiens de village (sorte de groupe paramilitaire) avaient fait irruption lors d’une cérémonie de mariage, tuant une quarantaine d’habitants.

Alper, pour qui « l’art est un rempart contre l’oppression », filme des dédales de ruelles propices aux complots, où surgissent des ombres trompeuses le soir venu. Les ciels étoilés sont surtout électriques, avec ces feux qui s’allument au loin et ces maisons incendiées qu’il faut à chaque fois tenter de sauver.

Poids des croyances

Ce thriller dans les vieilles pierres, teinté de fantastique, n’a pas que des qualités : trop long, un peu schématique dans ses retournements, il baigne dans une esthétique léchée, faite de clairs-obscurs et de visages de chefs éclairés comme si la lumière divine leur était tombée dessus. Et l’on n’en est pas loin. Le cinéaste, titulaire d’un doctorat sur l’histoire moderne de la Turquie, a voulu montrer le poids des croyances, pas toujours vraies, que l’on assène et transmet, pour forger l’opinion et faire basculer un groupe.C’est donc, peut-être, au second degré qu’il faut prendre cette mise en scène chorégraphiée, qui par ailleurs donne une distance au récit ainsi qu’une dimension universelle. Alper réussit surtout un final en diable. Le scénario se tisse autour de deux frères, dont l’un, Ferit (Feyyaz Duman), est une sorte de chef spirituel du village. On apprendra plus tard que l’autre, Mesut (Caner Cindoruk), a été privé de ce titre du fait de son mariage avec Gulsum (Ozlem Tas), laquelle fut autrefois la domestique d’un chef de clan ennemi.

N’écoutant que son cœur, Mesut a raté sa vocation de leader. Mais il ne va pas tarder à prendre le dessus, à la faveur de l’absence de son frère, parti quelques jours dans les villages alentour. Parallèlement, sa méfiance à l’égard de son épouse ne fait que croître, entretenue par de troublantes histoires qu’il entend sur son compte.

A partir d’un territoire dont il examine les rouages, Alper montre comment une idéologie populiste réussit à tirer parti de la frustration d’une communauté, pour l’entraîner dans la haine de l’autre et la guerre. Ce faisant, le réalisateur continue d’explorer des thématiques déjà présentes dans ses précédents films, Burning Days (2023), A Tale of Three Sisters (2019), etc. présentés dans les grands festivals.

Lors de la cérémonie de clôture de la Berlinale, Emin Alper, recevant son prix pour son œuvre « coup de poing », a eu cette parole forte : « Palestiniens à Gaza, qui vivez et mourez dans les pires conditions, vous n’êtes pas seuls. Peuple d’Iran, qui souffres sous la tyrannie, tu n’es pas seul. Et Kurdes au Rojava [en Syrie], qui luttez pour vos droits, vous n’êtes pas seuls. Et enfin, mon peuple, tu n’es pas seul. »


Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=fqESu_28q1U





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