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THE WORLD OF LOVE

jeu. 11 juin

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LE COLISÉE CARCASSONNE

Comédie dramatique - Corée du Sud - 1h59 (6/05/2026) De Ga Eun Yoon Avec Su-bin Seo, Jang Hye-jin, Jeong-sik Kim

THE WORLD OF LOVE
THE WORLD OF LOVE

Heure et lieu

11 juin 2026, 16:00 – 22 juin 2026, 14:00

LE COLISÉE CARCASSONNE

À propos de l'événement

HORAIRES

5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :

Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.

Jeu 11/06 : 16h - Mar 16/06 : 20h

Ven 14/06 : 18h - Dim 21/06 : 18h - Lun 22/06 : 14h.


SYNOPSIS

Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face. Mais loin de se laisser enfermer, elle choisit d’avancer et de se réinventer.


SECRETS DE TOURNAGE

The World of Love aborde le sujet du traumatisme – notamment suite à une agression sexuelle. Ga Eun Yoon explique ce qui l'a poussée vers ce sujet : "On a souvent eu tendance à m’interroger sur le thème de l’agression sexuelle. Or, c’est le traumatisme qui est important à mes yeux. Adultes, on se demande si nos comportements, nos réflexes, sont liés à l’enfance, s’il y a un lien de causalité entre hier et aujourd’hui. Je ne sais pas s’il faut réfléchir de la sorte mais ce questionnement est profond chez moi."

Le film est raconté du point de vue de Jooin, l'héroïne. Comme elle, The World of Love cache longtemps son statut de victime, ne révélant aucun détail que le personnage ne voudrait pas dévoiler. La réalisatrice confie :"Même si elle a vécu un événement douloureux, plus jeune, Jooin a eu la possibilité d’en parler à sa famille. De ce fait, elle a été entendue et protégée. Je me suis demandée : comment une adolescente, entourée mais marquée par un traumatisme, grandit-elle ?"

"J’ai fait beaucoup de recherches et je me suis rendue compte que les jeunes avaient plus de chance de se reconstruire et de mener une vie normale. Jooin a 16 ans et son agression doit remonter à ses 11 ans. Elle est en pleine adolescence : c’est une lycéenne entourée de ses amies, qui aspire à vivre ses premières expériences amoureuses. C’est dans ce cadre que j’ai voulu dresser le portrait d’une fille au jour le jour, dans ses tracas du quotidien. Jooin est très ancrée dans le présent."


CRITIQUES

Télérama :

Lorsqu’on pense au cinéma coréen contemporain, viennent à l’esprit les noms de Bong Joon-ho (Parasite, Memories of Murder), Park Chan-wook (Old Boy, Decision to Leave), Yeon Sang-ho (Dernier train pour Busan) ou encore Lee Chang-dong (Poetry, Burning). Dans leur sillage imposant, une génération de cinéastes indépendants existe mais peine encore à éclore sur la scène internationale. La quadragénaire Yoon Ga-eun pourrait être l’exception grâce à The World of Love, son troisième long métrage, le premier à sortir en France après avoir obtenu un beau succès en Corée. Voici Joo-in, lycéenne bondissante, facétieuse, pleine de vie. Elle pratique le taekwondo, parle fort de règles douloureuses avec ses copines à la cantine. Ensemble, elles se filment au téléphone portable, exécutant des chorégraphies délirantes et osées. Comme toute adolescente, la jeune fille, encore lestée d’enfance (joues rondes, malice, agitation), est en pleine explosion hormonale. Elle peut poursuivre un camarade sur le terrain de volley, en embrasser goulûment un autre dans les couloirs avant la reprise des cours, tout en se délectant des dessins olé olé esquissés par sa meilleure amie. Mais à l’ombre des jeunes filles en fleurs sommeille parfois un lourd passé. Une pétition circule dans le lycée où Joo-in est scolarisée contre le retour d’un prédateur sexuel dans le quartier, tout juste libéré de prison après avoir purgé sa peine. Huit ans auparavant, il avait agressé une fillette de retour de l’école. La lycéenne refuse catégoriquement de signer. La tension monte alors avec l’instigateur du document…

Insouciance de l’adolescence et traumatisme

Les violences sexuelles sont, au cinéma, rarement abordées dans le temps de l’après. Que deviennent les victimes, des années après les agressions subies ? Surtout, comment vont-elles ? Ces questions sont au cœur du film, nourrissant un récit particulièrement sensible. La jeune héroïne, que l’on devine concernée, alterne ainsi entre le mantra quasi dictatorial qu’elle s’est imposé à elle-même — « Je vais bien » —, et les séquelles réelles qui l’assaillent parfois.

Le Monde :

Pour la sortie de son troisième long-métrage, The World of Love, la cinéaste coréenne Yoon Ga-eun a reçu un soutien de poids. Bong Joon-ho (Memories of Murder, Parasite...) a âprement défendu le film, le qualifiant même de « chef-d’œuvre ». Le réalisateur a notamment loué l’acuité de sa compatriote pour filmer l’enfance. Un âge de la vie qui traverse toute son œuvre depuis ses premiers courts-métrages.

En une quinzaine d’années, Yoon Ga-eun s’est imposée comme une des héritières les plus talentueuses du Japonais Hirokazu Kore-eda. Le cinéma de cette fine observatrice des interactions humaines touche ainsi à des thématiques sociales en plaçant toujours les tiraillements de ses jeunes personnages au cœur de ses récits. Woorideul (2016), inédit en France, raconte l’amitié trouble de deux écolières sur fond d’exclusion sociale. The House of us (2019), inédit également, s’attache aux liens que nouent trois enfants un été alors que leurs parents se déchirent.

Son obsession pour la jeunesse, Yoon Ga-eun la relie à sa volonté de « raconter la première fois qu’une personne est confrontée à un événement » : « Lors d’une première expérience, on ressent des émotions très vives comme le choc, la douleur, la joie. On n’est pas encore dans l’intellectualisation de notre vécu, c’est ça qui m’intéresse », confie-t-elle en avril à Paris.

Une nouvelle étape

Au-delà de ces émotions à vif, la cinéaste a à cœur de montrer la complexité de ce que traversent ses personnages. Et de saisir au mieux la profondeur de leur humanité : « Je me suis toujours demandé comment je pouvais les rendre vivants à l’écran. J’ai compris qu’il fallait toujours montrer les deux facettes des êtres. Des personnages souriants, sociables, peuvent avoir en même temps un côté solitaire. On a souvent beaucoup de couches en nous. » Le titre original de son nouveau film, « Joo-in dans le monde », du nom de son héroïne, renvoie à l’idée que « son identité va se créer et évoluer à travers les relations qu’elle a avec tous ceux qui sont autour d’elle ».

The World of Love marque une nouvelle étape dans la carrière de la cinéaste âgée de 44 ans qui a voulu prendre davantage de recul avec ce qu’elle filmait. Il lui a d’ailleurs fallu six années pour venir à bout de ce projet qui traite des violences sexuelles à travers le portrait d’une adolescente et de ses proches. Ce, après de longues réflexions et tergiversations : « Depuis que je suis sortie de l’école de cinéma, je me suis souvent demandé comment je pourrais traiter un tel sujet. Je me disais que ça demanderait de raconter mon histoire ou celle de mes proches et je manquais de courage. Mais le sujet restait dans un coin de ma tête. Comme mon cinéma traite beaucoup de la vie de jeunes filles, je me suis décidée à un moment à l’affronter, même si ce n’est pas mon vécu qui est montré à l’écran. »

« Sujets universels »

Pour essayer d’être la plus juste possible, Yoon Ga-eun a passé beaucoup de temps à se documenter. Elle a lu des textes théoriques sur le sujet ainsi que des récits écrits à la première personne, regardé des documentaires. La réalisatrice a beaucoup discuté avec ses amis concernés. Elle est allée à la rencontre de victimes afin d’« entendre leur voix ». Et s’est aussi intéressée au traitement judiciaire du problème au sein d’une société encore « très conservatrice » : « Aujourd’hui, on fait face à un backlash où des personnes viennent témoigner au tribunal à l’encontre des victimes pour dire qu’elles le méritaient. C’était important de montrer cette réalité. »

Si Yoon Ga-eun s’est attachée à décrire ce qui se passe en Corée du Sud, The World of Love a été pensé pour toucher un public plus large : « Il n’y a qu’un seul marché du cinéma, et il est international. Faire un film uniquement pour un public local, je pense que ça n’existe plus. J’essaie en tout cas de me concentrer sur des sujets universels, qui soient également de notre temps. » Pari réussi. Succès commercial surprise en Corée, The World of Love a été primé dans de nombreux festivals, comme en novembre 2025, à celui des 3 Continents à Nantes, où il a remporté la Montgolfière d’or.

Dans The World of Love, troisième long-métrage de la réalisatrice coréenne Yoon Ga-eun, il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas. Ce que l’on dit et ce que l’on tait. Ce que l’on montre et ce que l’on cache. Ce dont on a conscience et ce qui nous échappe. Un monde du visible et de l’invisible que le film ne cesse d’articuler et de remodeler pour mieux saisir les êtres dans leur complexité.

Le sujet que Yoon Ga-eun veut réellement aborder met ainsi du temps à devenir explicite. Il faut un accroc pour que s’ouvre une brèche dans le monde des apparences et qu’affleure une strate souterraine ayant échappé jusqu’alors à notre regard. La première d’un passionnant mille-feuille.

The World of Love s’ouvre sur un baiser. Celui de deux adolescents qui s’aiment mais vont très vite se quitter. « Ça ne collait pas », justifie seulement Joo-in (Seo Su-bin) à sa mère Tae-sun (Jang Hye-jin), s’estimant « nulle » en amour. Première bifurcation, premier jeu de faux-semblant. Le film dessine d’abord le portrait d’une jeune femme d’une prodigieuse énergie difficile à canaliser, que ce soit dans sa gestuelle ou sa parole.

Peinture du quotidien

Partout, Joo-in prend de la place, se fait remarquer. On la voit au lycée, se dépensant en cours de sport quitte à bousculer ses camarades, à la cantine parlant règles et sexualité avec son groupe d’amies, puis twerkant dans une chorégraphie endiablée, changeant de petit copain, pratiquant le taekwondo, s’occupant de la maison avec son jeune frère, aidant sa mère au travail, ou s’activant comme bénévole.

Critique :

Cette peinture du quotidien bien rempli d’une adolescente d’aujourd’hui dit à la fois quelque chose de l’expérience des femmes, leur rapport au corps, de cet âge coincé entre l’enfance et l’aspiration à devenir adulte, l’éveil du désir, les responsabilités qui viennent chasser l’insouciance, la nécessité précoce de devoir déterminer la personne que l’on souhaite devenir.

L’accroc dans la vie de Joo-in arrive par une pétition qu’un de ses camarades de lycée, Su-ho (Kim Jeong-sik), entend faire signer à l’ensemble des élèves. Le texte proteste contre le retour dans le quartier d’un homme condamné quelques années plus tôt pour agression sexuelle sur mineure. Joo-in est la seule qui refuse de parapher le texte ; elle demande que soit retirée une phrase qu’elle juge mensongère : « La violence sexuelle laisse des blessures profondes inguérissables et anéantit entièrement la vie et l’âme de la victime. »

Toile de douleurs.

La tension monte peu à peu entre Su-ho et Joo-in, chacun s’obstinant dans sa position. Un doute s’insinue : l’adolescente réagit-elle avec tant de force parce qu’elle a, elle-même, été victime par le passé ? Ou est-ce par solidarité avec sa proche amie Mido (Go Min-si) qui se prépare à affronter son père incestueux en justice ? Au lycée, Joo-in reçoit des messages anonymes dactylographiés mettant en cause son attitude.

Le surgissement de la question des violences sexuelles modifie en profondeur notre perception des personnages et des dynamiques en cours, jette un voile de suspicion sur chacun. Le film tisse une toile de douleurs et de traumas qui traversent corps et affects. Le petit frère de Joo-in a développé un eczéma pendant que sa mère tente de cacher son alcoolisme. Le père, lui, est aux abonnés absents, exilé loin du foyer et demeurant sourd aux messages de sa fille.

Il y a aussi Mido, pleine de colère, qui n’arrive pas à pardonner ou Noori, la jeune sœur de Su-ho, inscrite à la garderie dirigée par la mère de Joo-in, qui se fait mal au bras, revient avec des marques sur le corps, faisant craindre de mauvais traitements. Mais de la part de qui ?

Débauche d’énergie.

Le film pose avec force deux sujets ardus et complexes. D’une part, l’impossibilité pour la société d’appréhender les violences sexuelles. La grande difficulté à démêler qui sont les bourreaux et qui les subit ; à comprendre comment le trauma fonctionne. Le décalage entre des comportements parfois erratiques et l’image que l’on se fait d’une victime. L’insensibilité de la justice. Le malaise des proches plus à l’aise dans le déni et le silence.

D’autre part, l’impossibilité pour chacun de comprendre la façon dont notre vécu détermine nos identités. Les camarades de Joo-in s’interrogent : cette débauche d’énergie, cette promiscuité avec les garçons sont-elles la conséquence d’une violence subie ? Sont-elles simplement le fruit de son tempérament ?

En l’absence de réponse, grâce à une mise en scène attentive aux détails, à la vie qu’elle fait entrer dans son récit, en mêlant l’ordinaire et l’extraordinaire, à la profonde empathie qu’elle manifeste envers ses personnages tout en contradictions, au recul pris pour déconstruire des mécanismes, Yoon Ga-eun montre que l’on peut toujours regarder et dire les choses avec plus de justesse. Une première étape, indispensable au défi que posent ces violences massivement ancrées dans la société. A ce titre, l’apport de The World of Love est immense.

Cahiers du Cinéma :

L’une des forces manifestes de The World of Love tient à l’interprétation épatante de son héroïne par Seo Su-bin, dont c’est le premier rôle. Si elle est de presque tous les plans, Joo-in est majoritairement filmée au cœur de son milieu, scolaire et familial : ni victimisée ni idéalisée, elle impulse un mouvement autour d’elle. À la recherche des mots justes, elle questionne l’aptitude de son entourage à recevoir les récits des violences sexuelles par celles et ceux qui les ont subies.


Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=Zn8d8XdkaBg




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