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UN POÈTE

jeu. 11 déc.

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LE COLISÉE CARCASSONNE

Comédie dramatique - Colombie - 2h (29/10/2025) De Simón Mesa Soto Avec Ubeimar Rios, Rebeca Andrade, Guillermo Cardona Titre original Un Poeta

UN POÈTE
UN POÈTE

Heure et lieu

11 déc. 2025, 16:00 – 22 déc. 2025, 14:00

LE COLISÉE CARCASSONNE

À propos de l'événement

HORAIRES

5 séances avec des horaires pouvant varier de quelques minutes :

Les horaires précis sont déterminés chaque semaine par le Colisée.

Jeu 11/12 : 16h - Mar 16/12 : 20h échanges après la séance en présence des ADC

Ven 19/12 : 18h - Dim 21/12 : 18h - Lun 22/12 : 14h.


SYNOPSIS

Óscar Restrepo, poète en manque de reconnaissance, mène une existence solitaire marquée par les désillusions. Sa rencontre avec Yurlady, une adolescente d’un milieu populaire possédant un véritable talent d’écriture, va bouleverser le cours de sa vie. Il l’exhorte à se présenter à un concours national de poésie. Mais les choses ne se passent pas comme prévues…


SECRETS de TOURNAGE

Le film est né d’une réflexion très personnelle de Mesa Soto : et s'il échouait en art ? Après son premier long métrage, il a envisagé d’arrêter le cinéma. Il s’est alors projeté dans la peau d’un artiste vieillissant, survivant grâce au souvenir d’un passé créatif. C’est de cette angoisse qu’est née l’histoire du poète raté Óscar. Le réalisateur précise :

"D’ailleurs, le financement du film a été très difficile à cause de cela. Une comédie colombienne sur des poètes ne correspondait pas aux stéréotypes que le marché attend d’un film réalisé dans mon pays. On nous a dit que cela ressemblait à une comédie argentine ou à un film de Woody Allen, et bien sûr, quand ce genre de film vient d’Argentine, c’est logique et ça se vend. Mais quand il vient de Colombie, personne ne sait quoi en faire."

Le rôle principal de Un poète a été confié à un non-professionnel. Ubeimar Ríos , instituteur passionné de poésie et de musique, est l’oncle d’un ami du réalisateur. Mesa Soto avait d’abord refusé, préférant un acteur professionnel, mais Ríos l’a fasciné par sa façon unique de parler et de bouger. Finalement, son humanité a transformé le personnage, le rendant plus attachant que dans le scénario.


CRITIQUES :

Prix du jury Un certain regard au dernier Festival de Cannes

Télérama :                                                                                                                 

Avec sa tendresse et son mordant, ce film colombien mêle allègrement le rire et la farce féroce. Un registre qui détonne en nos temps de susceptibilités hérissées de toutes parts, et tant mieux : être bousculé par ce Poète est vivifiant. Il s’appelle Oscar Restrepo et fait un personnage aussi désopilant que désolant. Séparé de sa femme et de sa fille, il vieillit chez sa vieille mère en s’accrochant à la lointaine gloire que lui valut un ouvrage de poésie publié en 1992… Et en se cramponnant aux bouteilles d’alcool. Contrairement à son modèle, le poète colombien José Asuncíon Silva (1865-1896), qui se tira une balle dans le cœur à 30 ans, Oscar Restrepo n’est qu’à moitié suicidaire. Hanté par l’échec, il fait encore mine de redresser la tête pour dire « Je suis poète ! », mais sa mère le corrige : « Tu es chômeur ! » Et sa sœur ferme le ban : « Tu es un lâche qui n’a pas le courage d’affronter la vie ! » Ni la mort…

Le portrait est brillant, savoureux, sans pitié. Et prend une vérité troublante à travers l’interprétation de l’incroyable Ubeimar Rios, instituteur passé acteur pour jouer admirablement sur une gamme qui va du ridicule à l’émotion. La finesse de l’ensemble se garde de toute noblesse littéraire et de tout exotisme sud-américain. Le trait est vif, comme le montage, la mise en scène, les incursions de musique jazzy et les clins d’œil à Charles Bukowski. Le réalisateur Simón Mesa Soto s’est armé d’énergie pour mieux s’emparer d’un sujet secrètement hypersensible. Palme d’or pour un court métrage au Festival de Cannes en 2014, il a mis plusieurs années à tourner un premier long et plusieurs autres encore jusqu’à ce deuxième. Tellement désœuvré qu’il avait fini par envisager d’abandonner le cinéma… C’est cette souffrance qu’il ravive dans Un poète, ce cauchemar qui peut transformer une passion artistique en désenchantement cruel, en malédiction. Mais le moment est venu de s’en moquer !

La vulgarité d’un monde où l’art n’est bon qu’à être exploité

Une vraie loufoquerie traverse les mésaventures d’Oscar Restrepo. Ayant consenti à devenir professeur parce qu’il veut soutenir financièrement sa fille Daniela (Alisson Correa), prête à entrer à l’université, il va projeter ses rêves sur une lycéenne qui vient d’une famille pauvre et écrit des poèmes dans ses cahiers. Yurlady (Rebeca Andrade) aime surtout le maquillage, les paillettes, mais Oscar Restrepo la voit déjà lauréate d’un prix de poésie comme celui qu’il avait reçu… En voulant retrouver par procuration l’élan de son ascension vers la création, c’est sa chute qu’il se risque à répéter. Des scènes spirituelles raillent le microcosme intellectuel où Yurlady est à la fois un miracle et un monstre de foire. Autour de l’idéaliste Oscar Restrepo, la poésie est mise à toutes les sauces, utilisée pour donner de la force à des discours naïfs sur la culture, comme pour remplir le programme d’une chaîne de télé qui a aussi invité un rappeur à venir chanter son tube, Mouille mon jacuzzi…

L’humeur vacharde du film est tout entière dans cette vision de la vulgarité d’un monde où l’art n’est bon qu’à être exploité d’une manière ou d’une autre. Mais la légèreté de la comédie préserve de l’amertume et, aux côtés du pauvre Oscar Restrepo, qui a bien des raisons d’être si tourmenté, Yurlady et Daniela font surgir l’espoir. Les deux jeunes filles échappent à l’hypocrisie et aux illusions, elles regardent la vie comme elle est. L’authenticité qu’elles incarnent est un modèle pour le réalisateur. Il y retrouve foi en lui-même et en son talent. Qui est grand.

Le Monde :  

Quasi sexagénaire, le malingre et disgracieux Oscar est un poète colombien, dont les recueils de jeunesse ont eu un succès d’estime. Depuis, il incube un grand œuvre toujours reporté. Il vit chez sa mère à Medellin, est séparé de son ex-femme et de leur fille – qui ne voient en lui qu’un être pathétique –, a tendance à aller se pinter la gueule dans les bars du coin, pour déclamer dans la rue quelques grands manifestes alcoolisés et emphatiques. Au bout du rouleau, il se résout à un emploi salarié, en devenant prof dans un lycée. Il découvre que l’une de ses élèves, Yurlady, écrit pour elle-même de la poésie. Les textes sont bons, comme fleuris dans le buisson d’un terrain vague. Il la promeut pour un concours de poésie national.

Mais un quiproquo aussi drôle que terrible va définitivement faire d’Oscar un Buster Keaton de la tartufferie culturelle. Constante conjonction, dans le film, entre burlesque et tragédie, qui sont somme toute deux régimes de la catastrophe, portée par deux acteurs non professionnels : l’interprète d’Oscar est un instituteur, celle de Yurlady a été dénichée dans un lycée. Tourné et monté en deux mois, Un poète est travaillé à la machette, ce qui ne l’empêche pas de rassembler, avec sang-froid, humour et délicatesse, ses tranchants éclats de miroir. H. Au.

Liberation :

Oscar Restrepo n’a pas de corps, pas de visage, ce n’est pas un personnage, c’est du jazz. Un ensemble où tout hurle, vole en éclats, est constamment sur le point de céder. Où rien ne s’explique et n’a besoin d’être expliqué, tout est étalé en plein jour, à un tel niveau d’incandescence que c’en est aveuglant – la violence retournée contre elle-même, la combustion généralisée, la picole, la malnutrition, les costumes trop grands, la bouche qui ferme mal. Oscar Restrepo c’est Bukowski qu’on a rentré au forceps dans le corps de Houellebecq. Un corps qui se fait du mal, où tout cherche à s’évader.

Dans sa jeunesse à Medellin, Oscar a été poète, il a sorti deux recueils confidentiels. Depuis, il rumine sa gloire perdue, la dilue dans l’alcool, les soliloques épuisants, au grand désespoir de sa mère chez qui il vit, et de sa fille, Daniela, violette de honte à chaque fois qu’il lui rend visite – à un moment, il avance vers elle tel un zombie pour simplement lui faire la bise et elle le regarde au summum du malaise, acculée à une porte, pétrifiée.

Talent asphyxié

Au bord du gouffre, sans le sou et conscient qu’il vaudrait mieux désormais payer les études de la gamine plutôt que de lui piquer son argent de poche, Oscar accepte à contrecœur un poste d’enseignant dans un lycée, où il vante les vertus de son héros José Asunción Silva en descendant des thermos de café coupé à la gnôle. Bientôt, il découvre parmi les élèves Yourlady, jeune fille issue d’un milieu défavorisée qui écrit des poèmes particulièrement inspirés. Il se met en tête de devenir son mentor.  Qu’on se rassure, Un poète, deuxième long métrage du colombien Simón Mesa Soto, prix du jury de la sélection «Un certain regard» à Cannes, n’est pas un des ces contes pontifiants où deux cœurs éclopés tentent, en s’appuyant l’un sur l’autre, d’accéder à l’ascension sociale pour l’un et à la rédemption pour l’autre. Entre Oscar et Yourlady, très vite les clichés pètent dans les mains, les conventions déraillent, les grilles de lecture se superposent et se font la malle. Elle, en dépit de son talent, lui parle maquillage, coiffure et faux ongles – le monde où elle vit, où on loge avec oncle, tante et neveux et tombe enceinte à 16 ans, n’a pas le temps pour la poésie. Lui, malgré sa dégaine à arrêter les montres et sa pathétique soif de reconnaissance, vit un désastre finalement très ordinaire : celui des gens dont l’époque ne veut plus, aux ambitions d’un autre temps. La rencontre d’Oscar et Yourlady, c’est celle du talent asphyxié et d’un romantisme qui s’acharne. A l’arrivée, ils seront tous deux exploités, essorés et abandonnés de la même manière par le système scolaire et l’élite culturelle.

Equilibre constant

Malgré ses scènes impitoyables, son portrait électrique d’une société colombienne aux inégalités abyssales, Un poète avance en équilibre constant entre tragique et burlesque. Aidé par un montage heurté, qui coupe de manière abrupte là où d’autre auraient laissé complaisamment déborder. Un tournage en 16mm qui donne au film un côté Cassavetes sauvé des bennes à ordures. Et surtout cette science inouïe des personnages – tordus, incomplets, fascinants, jamais vus. Oscar et son allure impossible (interprété, tour de force, par un non-professionnel, Ubeimar Rios, instituteur qui fait exploser ce personnage indéfendable sur le papier), la brumeuse Yourlady (Rebeca Andrade, 15 ans, autre trouvaille démente), Daniela et sa tête de Minnie Mouse (Allison Correa) et tous ces intellectuels qu’on dirait trempés dans l’huile (le poète indigène misogyne, formidable).   Tous jetés dans des situations inextricables, mais toujours meublées avec une petite issue au fond à droite – généralement assez minable, l’échec paraît bien souvent préférable. Film de naufrage généralisé, qui peut tout se permettre – vomi, verges, peaux grasses et sourires ingrats – sans jamais que ça n’ait l’air gratuit, trop fier de lui. Et qui frise la virtuosité dans les passes entre malaise et bouffonnerie : toute la dernière partie du film, qui démarre au festival de poésie est un modèle en la matière.

Sans opérer un aussi vertigineux recensement des abominations de son époque, Un poète ressemble souvent au génial N’attendez pas trop de la fin du monde de Radu Jude. Grandes incompréhensions, effroyables lâchetés, lâchages de rampe idéologiques, quête désespérée de l’âme dans les poubelles de l’expiation – le film de Simón Mesa Soto se solde d’ailleurs comme celui de Jude par le tournage d’une vidéo, comme si c’était une étape inévitable dans la dégringolade spirituelle – célébrer la grande honte par une image indélébile plutôt que d’avoir un ultime sursaut de décence et tout plaquer, sauver les dernières miettes, en rester là. Immortaliser officiellement tout ce jazz, ces corps et ces visages qui ne ressemblent à rien ni personne, pour les pires raisons possibles, dans le meilleur film imaginable.


Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=KZm6FCqN6UE




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